Pour l’institut Montagne, la France constitue un modèle pour elle même
Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007
Pour moderniser le pays, inutile d’aller chercher bien loin des exemples à suivre. Les succès sont souvent sous nos yeux.

Lorsque les choses vont mal chez soi, le bon sens est d’aller voir comment se débrouille le voisin et de répertorier, chez lui, les choix et les méthodes validés par la réussite. Longtemps rétifs à ce que l’on appelle couramment “benchmarking” (recherche des meilleures pratiques), les politiques ont découvert depuis peu cette démarche et l’épousent avec le zèle des convertis : point de programme, point de discours qui ne s’autorise de “l’exemple Scandinave”, du “succès canadien” ou du “modèle néerlandais”. Fût-elle tardive, cette découverte des autres et de leurs savoir-faire est positive. Elle ne doit pas, cependant, nous faire oublier nos propres succès et les leçons que nous pouvons en tirer. La France n’est plus myope, tant mieux ! Mais le mal serait pire si elle devenait presbyte…
Que la France puisse être un modèle pour elle-même, voilà une idée baroque dans un climat morose que les proclamations cocardières officielles n’arrangent pas : les Français ont compris depuis longtemps les figures imposées par leur fonction à un président de la République ou à un ministre de l’Economie. Ils savent ignorer, comme autant de messages publicitaires, les cocoricos de l’Elysée ou de Bercy. Du coup s’installe l’image d’un pays sans grand talent que ses dirigeants chercheraient à survendre contre toute évidence – de même que des parents égarés par l’amour se refusent à regarder leur enfant comme le mauvais élève qu’il est. Image fausse ! Oui, la France aujourd’hui a un carnet médiocre. Mais les maîtres d’école savent bien que la même moyenne décevante peut cacher soit un cancre, soit un krach en devenir qui brille ici mais peine là, dont le potentiel ne s’épanouira que si on l’aide à développer ses qualités et à corriger ses défauts. Or, précisément, derrière un déclin français peu contestable en termes généraux se cachent des réalités navrantes mais aussi des expériences extraordinaires. Il est grand temps de les passer au crible et d’en tirer des leçons pour l’action.
Cette démarche de “benchmarking domestique” inédite en France et à laquelle l’Institut Montaigne vient de consacrer un ouvrage (1) s’avère très féconde : rien de tel que des modèles français de réussite pour montrer que la réussite est possible en France – et pour y puiser des recettes par définition applicables chez nous… puisqu’elles y sont appliquées ! Veut-on, ainsi, s’attaquer aux inégalités et résultats déclinants de notre enseignement secondaire ? On peut certes se pencher sur le cas finlandais, impressionnant, ou sur les progrès coréens ou irlandais, stupéfiants. Mais comment être sûr de l’adaptation de méthodes utilisées dans des pays aux cultures et aux histoires aussi différentes des nôtres ? On peut aussi, tout simplement, observer la méthode du lycée Jacques-Feyder d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) qui, avec deux fois plus d’enfants issus de milieux défavorisés que la moyenne nationale et quatre élèves sur cinq issus des “minorités visibles”, a réussi à remonter de 55 à 70% son taux de réussite au bac et envoie chaque année 45 élèves en prépas. On trouvera de très bonnes idées pour réformer l’Etat… au Canada ou en Nouvelle-Zélande, mais il y a peu de doute que les fonctionnaires français s’inspireront davantage de la récente réorganisation de la sous-préfecture de Pithiviers (Loiret) qui a permis, à rémunérations et effectifs inchangés, de faire exploser les taux de satisfaction des “clients” et de presque diviser par deux le taux d’absentéisme des agents. On pourrait multiplier à l’envi ces cas de réussites françaises : il suffît d’aller sur le terrain pour les repérer.
Ces exemples prouvent que rien n’est perdu, que le rebond français est à portée de main. La recette ? Un leadership résolu qui peut inscrire son action dans la durée, des objectifs clairs et partagés autour desquels sont fédérées les énergies, de l’audace mâtinée par l’attachement au principe de réalité, une organisation assez souple et autonome pour être réactive et responsabilisante, et enfin des incitations à changer motivantes. En termes de politique publique, cela signifie qu’un gouvernement attaché à faire réussir le pays devrait être tendu vers un objectif unique : faciliter partout l’éclosion de ces conditions de la réussite. Cela veut dire faire confiance aux acteurs en déléguant davantage. Et surtout, renoncer à ce semblant d’égalité inique qui consiste à traiter pareillement les services (et les hommes) qu’ils soient, ou non, performants et dévoués à leur tâche. Donnons en exemple ceux qui ont réussi à Pithiviers ou à Epinay-sur-Seine plutôt que de faire en rangs serrés le pèlerinage de Stockholm.
2 octobre 2006
(1) Comment fait la France quand elle gagne, Institut Montaigne, préface de Claude Bébéar, Plon.
Guillaume a dit
Merci pour ces deux articles intéressants.
Les sirènes de la réussite économique étrangère sont toujours tentantes à nos yeux blasés par la crise. Au cours de ces dernières années le Danemark a fait figure d’eldorado pour nos responsables politiques en quête de rupture et d’ordre juste, mais surtout en manque patent d’inspiration. Cette péninsule nordique semble offrir la clé à toutes nos difficultés présentes dans la mesure où elle concilie l’efficacité économique et la protection sociale, dessinant de fait un modèle de réussite réaliste et consensuel.
Mais peut-on véritablement s’extasier devant l’exemple danois en réclament sa transposition immédiate en France ? La réponse tombe d’elle-même, mieux vaut espérer que le chômage disparaisse de lui-même plutôt que de croire, ou de faire croire que la solution scandinave peut être la clé de tous nos malheurs. Les éléments nationaux qui font la structure du régime danois déterminent sa réussite dans une large mesure. Ainsi, point de refuge dans l’hypothétique miracle étranger, mirage dont nous sommes depuis trop longtemps repus.il ne doit plus servir de voile à notre déficit d’idée.
Il faut parcourir le chemin, on ne pourra se passer de la réflexion si l’on veut sortir du marasme dans lequel nous nous entretenons. Les exemples étrangers ne sont naturellement à rejeter, ils doivent juste être utilisés à bon escient. C’est en particulier le cas du modèle danois, il nous montre un exemple de système flexible qui doit être analysé avec le plus d’intérêt. Mais il ne faut pas négliger les autres réussites économique que les médias tendent parfois à oublier ( le cas du Japon est à ce titre assez révélateur). Mais avant tout nous devons compter sur nous, sur ce que nous savons faire, sur les solutions qui ont pu être mis en place chez nous sans bouleverser nos institutions.
Ces articles résument bien, je crois, la philosophie qui doit conduire notre action. L’étude approfondie de théories et d’exemples, en ne négligeant pas les aspects critiques et la compréhension de problèmes actuels doit permettre de réfléchir à ce qui peut constituer le modèle social-démocrate et ce qu’il est en mesure d’apporter.Devant nous la pente est raide, la route est droite….