Les Jeunes sociaux-democrates

le think tank des étudiants sociaux-démocrates

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Archive de la catégorie «Economie»

Réflexions des étudiants et articles des étudiants portant sur la politique économique, les théories économiques, l’entreprise, la mondialisation…

«La croissance ne peut venir que de l’éducation», entretient avec Philippe Aghion, professeur à Harvard, théoricien de la croissance et Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007

L’Express du 26/01/2004 – par Sabine Delanglade

  Phillippe Aghion

Elie Cohen

C’est un travail de deux ans qui a conduit Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, et Philippe Aghion, professeur à Harvard, deux de nos économistes les plus originaux, à boucler pour le conseil d’analyse économique du Premier ministre un rapport intitulé «Education et croissance». Un travail fondé sur un modèle théorique mis au point par Philippe Aghion et ses collaborateurs. Pour ces chercheurs, la France, qui s’est toujours contentée d’être une économie d’imitation, de rattrapage, doit désormais se développer par l’innovation. Pour y parvenir, seul le développement de l’enseignement supérieur peut stimuler la croissance. Il est donc urgent pour la France, qui a toujours négligé ses universités au profit, notamment, de l’enseignement secondaire, d’inverser ses priorités.

Vous avez, ces derniers mois, travaillé à l’étude des relations entre le système éducatif et la croissance. Comment peut-on évaluer ainsi des notions qui semblent quand même assez abstraites?

Philippe Aghion: C’est compliqué. Pour y parvenir, on s’est longtemps contenté de mettre en relation le taux de croissance et le nombre total d’années d’éducation. Mais, si cette approche était valable pour analyser la croissance des pays en voie de développement, elle l’était moins lorsque l’on voulait s’intéresser seulement aux pays de l’OCDE, car on ne distinguait pas selon qu’il s’agissait d’années d’études primaires, secondaires ou supérieures, et surtout, cela ne disait rien du type de croissance visé. Or les sources de croissance diffèrent complètement selon l’état de développement du pays étudié.

De quelle manière?

P. A.: Il faut distinguer les économies qui sont encore en phase de «rattrapage» par rapport aux pays les plus avancés, et celles qui sont parvenues à ce que nous avons appelé la «frontière technologique», c’est-à-dire les systèmes économiques où la plupart des secteurs d’activité ont un niveau maximal de productivité. Pour ces pays-là, le rattrapage, par définition, ne suffit plus pour générer des gains de productivité, puisqu’ils ont déjà rattrapé leur retard. Dans ce cas, la croissance ne peut venir que du dépassement de la frontière technologique, donc de l’innovation. Aujourd’hui, l’économie américaine et, dans une moindre mesure, les économies finlandaise et suédoise sont d’ores et déjà parvenues à cette frontière, car elles cumulent le plus grand nombre de secteurs ayant les plus fortes productivités du monde.

Certes, mais en quoi cela concerne-t-il l’éducation?

P. A.: Cela la concerne énormément. D’une manière générale, les institutions économiques qui favorisent l’imitation ne sont pas les mêmes que celles qui sont propices à l’innovation.

Oh! la la! Là, il faut nous expliquer en détail.

P. A.: Pour le financement des entreprises, une économie du premier type, celle de rattrapage, s’appuiera essentiellement sur des financements bancaires et sur des subventions gouvernementales, car alors la prévisibilité et la régularité priment tout. En revanche, dans le cas d’une économie innovante, le marché et le capital-risque – puisque, par définition, il y aura risque – vont prendre une part prépondérante. C’est donc une différence fondamentale. L’organisation des entreprises propre à favoriser la croissance sera également différente selon les divers stades de développement d’un pays. L’économie d’imitation reposera sur de grandes entreprises verticalement intégrées, où les relations de travail sont stables et de longue durée et où la concurrence est limitée. L’innovation, elle, naîtra d’unités plus petites, plus mobiles, ayant des taux de natalité et de mortalité beaucoup plus élevés.

Et le lien avec l’éducation?

Elie Cohen: Eh bien, le système éducatif ne devra évidemment pas être le même selon que l’on veut former des imitateurs ou des innovateurs! Dans le premier cas, celui de notre économie de rattrapage, ce qui sera primordial, ce sera la plus grande alphabétisation possible, pour que de gros bataillons de diplômés soient capables de comprendre les systèmes techniques et de les imiter. Donc, une bonne formation de base largement répandue et professionnalisée suffira. De même, de grandes organisations hiérarchisées et qui se consacrent à un seul domaine de recherche fonctionnent bien en période de rattrapage, car ce qui compte alors, c’est la concentration des moyens et une volonté durable.

«Nos grandes écoles, ces fleurons hérités de l’Ancien Régime, se sont provincialisées !»

 

C’est le système français, en somme?

E. C.: Exactement. Celui qui a très bien fonctionné de l’après-guerre aux années 1970 pour rattraper les Etats-Unis. Côté éducation, on met le gros du budget sur l’enseignement primaire et secondaire, et à nos grandes écoles spécialisées on demande de former les ingénieurs dont on a besoin. Côté recherche, on bâtit de grands organismes spécialisés, tels le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), le Cnes (Centre national d’études spatiales) ou le Cnet (Centre national d’études des télécommunications), qui vont se contenter – évidemment, je force un peu le trait – de franciser des technologies venues d’ailleurs.

Par exemple?

E. C.: Le CEA a permis de franciser les technologies nucléaires américaines. Dans un premier temps, il avait développé une filière nationale – dite «graphite-gaz» – mais elle a été abandonnée. Après l’adoption du PWR (Pressurized Water Reactor), les entreprises tricolores aidées par le CEA se sont contentées d’adapter cette technologie américaine. De même, le Cnet a longtemps pris pour modèle les «Bell Labs», et les a reproduits dans ses programmes et son organisation interne.

P. A.: Mais attention! A la fois parce que la France s’est rapprochée de la «frontière technologique» et également parce qu’une concurrence accrue est née de la mondialisation et de l’arrivée des technologies de l’information, une telle attitude n’est plus possible aujourd’hui: l’avenir de l’économie française ne peut reposer que sur l’innovation! Elle doit agir désormais exactement à l’inverse de ce que nous lui demandions au cours des décennies passées… Et notre système éducatif doit en tenir compte. Car le modèle que nous avons bâti pour ce rapport, en étudiant les budgets alloués à l’éducation par 25 pays de l’OCDE sur quarante ans, a bien montré que plus un pays était proche de la frontière technologique, plus il était en pointe, plus l’enseignement supérieur était le moteur de sa croissance.

L’absence de sélection à l’entrée de l’université serait-elle alors aujourd’hui un frein à l’efficacité de l’enseignement supérieur, et donc à ce changement que vous préconisez?

E. C.: Dans notre esprit, relèvent de l’éducation de base le primaire, le secondaire et le premier cycle du supérieur. Dans le système français, l’absence de sélection aboutit en fait à une sélection par l’échec au terme du premier cycle: moins de 50% de réussite au Deug au bout de deux ans. L’enjeu, aujourd’hui, est de promouvoir le supérieur du supérieur; c’est là que se joue la bataille pour la connaissance, base des avantages comparatifs de demain… L’exemple de la Finlande est à ce titre frappant. Voilà trente ans, c’était une économie fruste dépendant de la Russie et dont le point fort était l’industrie du bois. En décidant d’investir massivement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche en nouvelles technologies, elle est devenue une «économie frontière» et abrite, avec Nokia, un leader mondial.

N’est-ce pas là un nouveau signe de la modernité du modèle nordique?

E. C.: C’est vrai, si l’on songe que la Finlande et la Suède consacrent déjà chacune 3% de son PIB à la recherche! Peut-être, après tout, dessinent-elles un modèle d’évolution qui peut nous inspirer: réforme graduelle, sélection des domaines d’excellence, souci de l’égalité des chances.

Comment expliquez-vous que la France n’ait pas réagi plus tôt?

E. C.: Depuis 1995, notre pays a décroché, car nous avons conservé notre système figé, qui est marqué par l’absence de circulation entre les trois pôles de l’innovation – grandes écoles, universités et centres de recherche. Eh bien, ce «modèle» français, si modèle il y a, ne fonctionne plus! Dans un contexte de mondialisation de la formation des élites, alors que Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology) sont devenus les universités de la planète, nos grandes écoles, ces fleurons hérités de l’Ancien Régime, se sont provincialisées!

P. A.: Au passage, je note d’ailleurs que l’existence de ces écoles (Polytechnique, Normale sup, Centrale, Mines, Ponts, etc.) a eu un effet pervers sur l’université. On se disait: «Elles forment nos élites, alors à quoi bon se préoccuper des facultés?» Résultat, nos universités ne sont qu’un choix par défaut pour les bacheliers.

E. C.: Quant à l’organisation de la recherche, elle a conduit à la dégradation de la performance française à un triple niveau: que ce soit dans le dépôt de brevets, l’impact des publications scientifiques ou la transformation d’innovations en entreprises viables, notre part relative est en chute libre. Depuis que leur mission initiale a été remplie, les grands organismes scientifiques immobilisent des moyens, freinent les redéploiements, n’irriguent pas les universités, et, en fin de compte, contribuent à la sous-productivité du système.

 

«Nous proposons une dépense supplémentaire de 0,5 points de PIB totalement investie dans l’enseignement supérieur»

 

Triste constat… A-t-on au moins réorienté les dépenses d’éducation?

E. C.: Pas du tout! Nous lui consacrons au total moins que les autres – 7% du PIB, pour 9% aux Etats-Unis. En outre, ces fonds sont mal répartis. Alors que nous dépensons en moyenne 6 589 euros par étudiant dans l’enseignement supérieur, nous consacrons 7 879 euros à un élève du secondaire. En France, un élève du secondaire coûte 36% de plus que dans la moyenne de l’OCDE, et un étudiant du supérieur 11% de moins que cette moyenne. La France alloue 16,6 milliards d’euros au supérieur, les Etats-Unis en sont à 224 milliards de dollars!

Décidément, la France est toujours à contre-courant! Que préconisez-vous pour inverser la tendance?

E. C.: La tentation était grande de dire: «Cassons tout, et reconstruisons un système qui intègre production, diffusion et transfert de connaissances.» Mais l’extrême audace des réformateurs nourrit souvent les pires conservatismes, d’où une approche que nous croyons plus originale. Le souvenir des grandes manifestations de l’automne dernier, pour une réforme bien plus modeste, suffirait d’ailleurs à nous inviter à la prudence.

Certains vous reprochent en effet d’être timorés…

P. A.: Peut-être… Mais c’est délibérément que nous refusons une remise en question radicale du système. Nous lui préférons une approche qui joue sur des leviers existants pour l’amener à évoluer. Nous ne prônons pas non plus une diminution des budgets actuels. Attention! Nous ne disons pas qu’il faut jeter aux orties le primaire et le secondaire: c’est tout de même sur eux que se bâtit le supérieur! Simplement, nous proposons une dépense supplémentaire – disons plutôt un investissement – de 0,5 point de PIB (soit environ 7,5 milliards d’euros) qui serait totalement investie dans l’enseignement supérieur. Ce ne serait vraiment pas exagéré: les Etats-Unis y consacrent 3% de leur PIB; la France, 1,1%. Et c’est sur l’utilisation de ce demi-point de PIB supplémentaire que nous proposons d’innover.

Dans cet esprit, vous proposez la création d’une agence. Comment fonctionnera-t-elle? Avez-vous un modèle pour cette nouvelle institution?

P. A.: Nous proposons en effet la création d’une agence de moyens pour l’enseignement supérieur et la recherche qui s’inspirerait d’agences similaires créées en Suède, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, telle la National Science Foundation. Elle financerait des projets de recherche individuels et collectifs, des regroupements et des centres de recherche pour des périodes limitées (cinq ans renouvelables). Ces projets seraient évalués par la communauté des pairs selon une procédure transparente et soumis à contrôle. Des projets de groupements permettraient ainsi des collaborations entre universités et grandes écoles, ou entre grandes écoles elles-mêmes. Vous voyez que nous avons été guidés par trois principes: l’initiative doit venir d’en bas, les projets doivent être sélectionnés par les pairs et toujours être soumis à des évaluations. Rien ne doit jamais être considéré comme acquis.

Pouvez-vous citer un exemple de succès étranger?

P. A.: En Angleterre, des corps constitués de longue date, comme Oxford, Cambridge ou la LSE (London School of Economics and Political Science) imposaient des modèles figés d’enseignement et de recherche en économie. Eh bien, l’ESRC (Economic and Social Research Council), une agence du type de celle que nous préconisons, a mis en place un système d’évaluation comparée de la recherche qui a permis à des jeunes équipes issues d’établissements moins cotés comme l’UCL (University College London), l’université de Southampton ou celle de Bristol d’émerger et de s’imposer sur la durée. Ainsi, l’UCL a donné naissance à la meilleure équipe mondiale de micro-économétrie. Non seulement cela a poussé les dinosaures à bouger, mais cela a aussi permis d’inverser la fuite des cerveaux, en offrant de meilleures conditions de travail et de salaires.

N’avez-vous pas peur, avec cette nouvelle agence, de créer une énième structure, un énième machin? Ne risque-t-on pas de faire se côtoyer une agence de pointe et une université toujours dépassée?

P. A.: Le pari que nous faisons est que ces dispositifs auront une valeur exemplaire en tirant le système par le haut. Nous nous sommes inspirés du modèle chinois dit du dual track approach: de la même façon que les Chinois ont maintenu les prix planifiés sur les quotas du Plan alors que toute production au-delà de ces quotas se vendait librement sur le marché, nous ne touchons pas au système tel qu’il existe, mais nous introduisons la réforme à la marge sur les fonds supplémentaires alloués à l’enseignement supérieur.

Ne craignez-vous pas que cela prenne encore beaucoup de temps?

E. C.: Il faut cesser de parler dans le vide et agir sans attendre. On ne peut pas déplorer que les Etats-Unis soient devenus les champions du high-tech, que la Chine soit aujourd’hui la championne de l’industrie manufacturière, l’Inde celle des services délocalisés, et ne pas tout faire pour relancer une croissance riche en emplois hautement qualifiés. C’est la seule à même de répondre au double défi de la mondialisation et de la révolution technologique.

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Pour l’institut Montagne, la France constitue un modèle pour elle même

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007

Pour moderniser le pays, inutile d’aller chercher bien loin des exemples à suivre. Les succès sont souvent sous nos yeux.

Lorsque les choses vont mal chez soi, le bon sens est d’aller voir comment se débrouille le voisin et de répertorier, chez lui, les choix et les méthodes validés par la réussite. Longtemps rétifs à ce que l’on appelle couramment  “benchmarking” (recherche des meilleures pratiques), les politiques ont découvert depuis peu cette démarche et l’épousent avec le zèle des convertis : point de programme, point de discours qui ne s’autorise de “l’exemple Scandinave”, du “succès canadien” ou du “modèle néerlandais”. Fût-elle tardive, cette découverte des autres et de leurs savoir-faire est positive. Elle ne doit pas, cependant, nous faire oublier nos propres succès et les leçons que nous pouvons en tirer. La France n’est plus myope, tant mieux ! Mais le mal serait pire si elle devenait presbyte…

Que la France puisse être un modèle pour elle-même, voilà une idée baroque dans un climat morose que les proclamations cocardières officielles n’arrangent pas : les Français ont compris depuis longtemps les figures imposées par leur fonction à un président de la République ou à un ministre de l’Economie. Ils savent ignorer, comme autant de messages publicitaires, les cocoricos de l’Elysée ou de Bercy. Du coup s’installe l’image d’un pays sans grand talent que ses dirigeants chercheraient à survendre contre toute évidence – de même que des parents égarés par l’amour se refusent à regarder leur enfant comme le mauvais élève qu’il est. Image fausse ! Oui, la France aujourd’hui a un carnet médiocre. Mais les maîtres d’école savent bien que la même moyenne décevante peut cacher soit un cancre, soit un krach en devenir qui brille ici mais peine là, dont le potentiel ne s’épanouira que si on l’aide à développer ses qualités et à corriger ses défauts. Or, précisément, derrière un déclin français peu contestable en termes généraux se cachent des réalités navrantes mais aussi des expériences extraordinaires. Il est grand temps de les passer au crible et d’en tirer des leçons pour l’action.

Cette démarche de “benchmarking domestique” inédite en France et à laquelle l’Institut Montaigne vient de consacrer un ouvrage (1) s’avère très féconde : rien de tel que des modèles français de réussite pour montrer que la réussite est possible en France – et pour y puiser des recettes par définition applicables chez nous… puisqu’elles y sont appliquées ! Veut-on, ainsi, s’attaquer aux inégalités et résultats déclinants de notre enseignement secondaire ? On peut certes se pencher sur le cas finlandais, impressionnant, ou sur les progrès coréens ou irlandais, stupéfiants. Mais comment être sûr de l’adaptation de méthodes utilisées dans des pays aux cultures et aux histoires aussi différentes des nôtres ? On peut aussi, tout simplement, observer la méthode du lycée Jacques-Feyder d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) qui, avec deux fois plus d’enfants issus de milieux défavorisés que la moyenne nationale et quatre élèves sur cinq issus des “minorités visibles”, a réussi à remonter de 55 à 70% son taux de réussite au bac et envoie chaque année 45 élèves en prépas. On trouvera de très bonnes idées pour réformer l’Etat… au Canada ou en Nouvelle-Zélande, mais il y a peu de doute que les fonctionnaires français s’inspireront davantage de la récente réorganisation de la sous-préfecture de Pithiviers (Loiret) qui a permis, à rémunérations et effectifs inchangés, de faire exploser les taux de satisfaction des “clients” et de presque diviser par deux le taux d’absentéisme des agents. On pourrait multiplier à l’envi ces cas de réussites françaises : il suffît d’aller sur le terrain pour les repérer.

Ces exemples prouvent que rien n’est perdu, que le rebond français est à portée de main. La recette ? Un leadership résolu qui peut inscrire son action dans la durée, des objectifs clairs et partagés autour desquels sont fédérées les énergies, de l’audace mâtinée par l’attachement au principe de réalité, une organisation assez souple et autonome pour être réactive et responsabilisante, et enfin des incitations à changer motivantes. En termes de politique publique, cela signifie qu’un gouvernement attaché à faire réussir le pays devrait être tendu vers un objectif unique : faciliter partout l’éclosion de ces conditions de la réussite. Cela veut dire faire confiance aux acteurs en déléguant davantage. Et surtout, renoncer à ce semblant d’égalité inique qui consiste à traiter pareillement les services (et les hommes) qu’ils soient, ou non, performants et dévoués à leur tâche. Donnons en exemple ceux qui ont réussi à Pithiviers ou à Epinay-sur-Seine plutôt que de faire en rangs serrés le pèlerinage de Stockholm.

2 octobre 2006

(1) Comment fait la France quand elle gagne, Institut Montaigne, préface de Claude Bébéar, Plon.

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L’ancien Ministre des finances suédois, Pär Nuder, analyse la réussite économique de son pays et la défaite du parti social démocrate suédois

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

Global Social Democracy

High Growth, Strong Public Finances, Low Inflation, High Employment: Lessons to be learned from Sweden

Source: Address at the Harvard Center for European Studies
Date: 16 November 2006 
Author(s): Pär Nuder
 

In an address to the Harvard Center for European Studies on the 16th November 2006, former Finance Minister Pär Nuder outlined some of the reasons for the social and economic success of ‘the Swedish model’.

Ladies and gentlemen,

It is a great privilege to address you here at the Harvard Center for European Studies. I will try to share some experiences from Sweden in a European context. 

In the late 19th century Sweden was one of Europe’s poorest countries. In a rapid speed though, Sweden was transformed into a modern industrialized country.

A silent trilateral contract between the state, the business society and the trade unions made it possible to create The Swedish Model.

Capitalism and high taxes. Profitable industries and strong trade unions. Flourishing private sector and a high quality public sector.

Yes – Sweden is a bit different compared to average Europe. In various ways.

In 1994 a referendum took place. The outcome was narrow, but still clear: A majority wanted to join the European Union. Nine years later a new referendum decided – in a much clearer outcome – that Sweden should not join the European Monetary Union.

Here is the first example of the variety within Europe:

There are large differences between the European nations. We are 25 heterogeneous members of the European Union. Although we all share certain common values, there are so many differences among national welfare state systems that the very notions of a European Model or Social Europe are rather dubious.

The Belgian economist André Sapir grouped the old EU – the EU 15 countries – into four different social policy models in order to examine their relative performance along a number of dimensions.

• The two Anglo-Saxon countries (Ireland and the United Kingdom) feature relatively large social assistance of the last resort. This model is characterised by a mixture of weak unions, comparatively high disparities in wages and a relatively high incidence of low pay.

• The Continental countries (Austria, Belgium, France, Germany and Luxembourg) rely extensively on insurance based benefits and old-age pensions. Although union membership is in decline, the unions remain strong.

• The Mediterranean countries (Greece, Italy, Portugal and Spain) concentrate their social spending on old-age pensions. The social welfare systems typically draw on employment protection and early retirement provisions, and in the formal sector, the wage structure is covered by collective bargaining and is highly compressed.

• And finally the four Nordic EU countries (Finland, Sweden, Denmark plus the Netherlands) feature the highest levels of social protection expenditures and universal welfare provision. There is extensive fiscal intervention in labour markets, and strong labour unions ensure highly compressed wage structures.

When Sapir analyzed the four different groups he came to the following conclusion:

“The Mediterranean model, characterised by relatively low levels of employment and a high risk of poverty, provides neither equity nor efficiency. With the Anglo-Saxon and Continental models there appears to be a trade-off between equity and efficiency. Only the Nordic model, with high employment rates, and a low risk of poverty combines both equity and efficiency.”

In many peoples minds Sweden has been perceived as a model to follow – or to reject. But in 1994 – only twelve years ago – Sweden and the model was undoubtedly in turmoil and therefore questioned as such.

In the early 1990s, Sweden experienced its deepest recession since the thirties. To cut a long story short, in three years public debt doubled, unemployment tripled and public deficit increased tenfold. In 1994, the general government budget deficit was the largest in the OECD area, 10 per cent of GDP.

The reason for this was a collapse in domestic demand due to a real interest rate shock. One important factor was an increase in the household savings ratio by no less than 13 percentage points.

When the new Social Democratic Government took office in October 1994 we had to react, and act firmly. Only by substantially reducing the deficit, could Sweden achieve stability and sustainable growth.

We raised taxes and cut expenditures. We introduced a reinforce program of active measures of 7.5 per cent of GDP.  After four hard years we managed to get public finances in surplus in 1998.

Being a small country in the far north, with a Social Democratic government and a tax burden of over 50 per cent, you never get the benefit of the doubt from the financial markets. You have to stick to your goals.

Parallel with the budget consolidation program, we introduced several structural reforms.

• We got access to the internal European market through joining the EU.

• We reformed our pension system from an unsustainable pay-as-you-go system to a partially funded system with defined contributions with both private and public parts.

• We created a new budget process. We set up a system of nominal expenditure ceilings and a goal of public finances in surplus. Now we probably have one of the strictest budget processes in the world.

• We gave independence to our central bank and set up an inflation targeting regime.

What are then the results?

• High growth. Over the past decade we have had a higher average growth rate than both the EU average and the OECD average. Between 1995 and 2004 average GDP per capita growth in Sweden was 2.6 per cent. In the US it was 2.2 per cent.

• High employment. Over the past twelve years we have had an employment increase of more than 400 000 people, or roughly 9 per cent of the labor force. The employment rate is the second highest in the European Union, approaching 80 per cent of the workforce. Unemployment has been falling and is now 4 per cent.

• Low inflation. Productivity in the private sector has gone from 2 per cent per year during the eighties to 3 per cent per year in the nineties. Disposable income this year increased by 3 per cent. But the high productivity means that unit labor cost has been flat between 2002 and 2006. Inflation is below 1.5 per cent.

• Strong public finances. This year we expect a surplus in public finances of about 3 per cent of GDP. The average surplus between the year 2000 and 2006 will then be 2 per cent of GDP.

What are the explanations for this track record? Are there any competitive advantages that other countries could take stock off? My personal answer is the following:

First: It has been a significant competitive advantage for Sweden to have strong public finances.

It is not only a question of reducing vulnerability for a small open economy, it is also the basis for a well-functioning economy, with low inflation and high increases in real wages.

The day after I became Finance Minister I learnt that a long line with people demanding tax cuts was standing outside my office. On the third day I discovered a new line: People demanding higher expenditures. On the fourth day, to my consternation, I realized that same lobbyist frequently was standing in both lines at the same time: Car-owners demanding lower fuel-taxes and safer roads. Senior citizens dissatisfied with the pension demanding higher pension – and lower taxes.

For a Social Democrat – that wants a large public sector with generous social safety nets – strong public finances are a prerequisite for the political mission as such.

Strong public finances and sustainable surpluses are also a prerequisite for low inflation – a prerequisite for fair distribution. It was a blue-color-economist, Gösta Rehn, that taught us, as he said, to Hate Inflation.

In my view, a real Social Democrat is someone who cares about strong public finances. 

The second competitive advantage is the fact that Sweden is an open economy.

As you may know, we have many international companies in Sweden, like ABB, Ericsson, Ikea, SAAB, Scania and Volvo. Our export as a share of GDP is 50.7 per cent, and our import as a share of GDP is 42.5 per cent.

As a small and open country, Sweden has for long been a strong supporter of free trade. However, we must never take free trade for granted. Right now, protectionism is growing in Europe. Many people fear higher international competition.

Protectionism is not the solution. On the contrary, free trade has been the driving force for the high growth in the world economy during the last two decades. Free trade is a necessary condition for high growth in the future. It is of great importance that we stand up for free trade.

But, it is not sufficient to be “free-traders”. We also need to be “fair-traders”. There are very large gaps between the rich and the poor in the world of today – there is a need to fight for global social justice.

This year, Sweden is taking our part of the responsibility by increasing our official development assistance to 1 percent of gross national income.

Having international competition is good, but you need to do your home work and open up your own domestic markets as well. The rich world spends about one billion US-dollars per day on agricultural subsidies alone, while the total spending on development aid is less then 200 million US-dollars per day.

I know that your former President Larry Summers once was asked what he thought was the main reason for United States outperforming Europe. And he was only allowed to give one reason. The answer he gave was not taxes, not the labor market, not your universities – but your well functioning capital markets.

Inflows of global capital not only bring additional funds but also enrich economy and society through the transfer of new technology and management know-how. By ensuring efficient allocation of capital within the economy, well-functioning capital markets boost economic productivity and long-term growth.

Financial globalization has a definitive and obvious efficiency implication. Capital is attracted towards the opportunities of highest returns in the global economy.

So, here I am standing in the center of brain power in America and advocating a future for the “socialistic” state of Sweden with a very competitive product market and an open financial market.

Faced by the challenge of globalization, the countries that succeed are those that are open and flexible. Rapid technological changes and changes in international competition will inevitably require a constant flow of structural changes.

But what will happen with the woman or the man on the street in such an environment? They will fear change. They will fear globalization. They will fear China and India.

How to cope with fear for changes lead me to the third competitive advantage: Reliable social bridges.

There is no question that companies will close down and people will get unemployed as a result of international competition. The question is how the gains of globalization are distributed in the society.

Social bridges is a term used to describe measures aimed at reducing adjustment costs for employees when economic restructuring causes redundancies, and enabling them to seize new opportunities.

In Sweden, social bridges constitute a policy of protecting workers, not jobs. There are three main types of social bridges in the Swedish context.

First, there is life-long learning. A good education increases people’s opportunities of finding work in different companies in a range of industries. This places a major responsibility on regular education – from pre-school to university. They must have high quality and be available to everyone. But this is only part of the answer.

The other part is to have an educational system that give people several chances, several opportunities. If you never finished high school in your teens, you should be able to do it in your twenties, or in your thirties. And even later on. Economic opportunities for this must be provided.

Let me take an example.

During the economic crises in the 90’s the Swedish government launched a program for unemployed without a degree from secondary school. 100 000 unemployed (in a 9 million country) were given the opportunity to finish their degree with a grant similar to their unemployment benefit.

Higher level education must also be inclusive rather than exclusive. Contrary to many other European countries everyone with a degree from secondary school can enter university. The choice you made when you were twelve years old will not exclude you from higher education. Or rather, the choice your mother and father made for you.

We have also expanded the number of universities and colleges across the country. This has opened up higher education for new groups of students. Our goal is that 50 percent of each generation should start higher education.

My belief is that the future for Sweden is to continue to invest in education and research. Sweden has a well-educated population. We are spending a lot of money in all kinds of education – from childcare and primary schools, to higher education and research. The total investments in research and development in Sweden amount to almost 4 per cent of GDP.

The second kind of social bridge is adjustment insurance. In the event of unemployment, illness and other forms of social exclusion people may need financial support. Unemployment insurance, sickness insurance and other benefits must be designed for people to find new jobs, while still providing security.

Almost all social benefits in Sweden are linked to your income. This means that if you are not working, or prove you are willing to work, you are out of the system. Thanks to our childcare system this policy is the same for single mothers. Or as some put it; we have a workfare rather than a welfare system.

Or put it in another way, adjustment insurance should be a bridge to walk on. Not a platform to stand on. Constantly you therefore need to reform the insurance systems.

The third dimension of the social bridges concept is re-introduction to working life. Many people who are inactive lose contact with working life and do not maintain the skills needed for working life. To make these people attractive on the regular labor market, it may be necessary to support their re-entry to the labor market by active labor market policies.

Unemployed should be given help to find a new job or given the possibility to retrain. We have a large number of programs ranging from on-the-job training to strict school education. An important aspect is to avoid that a culture of unemployment arises. In order to do this, all persons unemployed more than a year must take part in a program that has activities on a daily basis.

As I said: The idea is to protect people. Not jobs.

People need to feel that they, as individuals, are reasonably safe even if increased competition makes the company go bankrupt. By providing social bridges for people to move from old and no longer competitive jobs to new, more competitive ones we get, in return, a readiness for change and openness among the general public.

I would lie if I told you that this system means that Swedes loves change. They don’t. But, they accept it.

Some years ago I visited a small town in mid-Sweden – a community totally depended on one industry: The steel-factory.

When I came there I met the local board of the steel workers union. They just had been informed that 100 men had to be fired, and now they prepared themselves for the negotiations with the management.

In Sweden we have a first-in-last-out principle. But with the exception that the unions and the management can jointly decide who will be excepted from this principle.

I asked the union representative, rather naive: How do you cope with this? I mean as human beings in a small town?

What you have to do, are to pin-point those of your work-mates, your neighbors, your sons and daughters’ best friends’ fathers – and tell them that they have to quit. How do you manage that?

After a while they understood my question, and they answered:

“You see, the alternative is worse. Unless we don’t do this necessary adjustment, the plant might not be competitive anymore. And if so, it may have to close down for good. And in that case our town will die.”

I went back to Stockholm, and asked myself: How come the steelworkers are so pro-change?

They haven’t studied macro economics at Harvard University – not even at Stockholm School of Economics. The answer is simple: By providing social bridges you create a flexible, dynamic society ready to adjust – even if it is painful.

This line of argument brings me to the fourth competitive advantage: Our culture of collaboration.

A short time ago one of our large firms, Electrolux, decided to close down a plant that makes vacuum cleaners. The plant had about 400 workers and was located in a small city called Västervik with 22.000 inhabitants.

In France this would have created an outrage. The President of the Republic would have called for an all European globalization fund. There would have been political strikes. The plant would have been under siege by militant unions.

In Sweden the blue collar trade union came out and said it had to accept the decision. Not with joy or satisfaction. But still – also this structural change was accepted.

When Madame Segolénè Royal came to visit me in Sweden – the socialist who might be the next president of France – she asked me how come we have trade unions that are so prone to accept change?

There are two reasons for that.

I have already mentioned the social bridges – ensuring that people are not forced to sell their house because they get a fair unemployment benefit. They get training and education so that they become employable on a growing labor market.

The second reason why the trade unions are so progressive is the high union participation ratio – not at least due to the fact that the unemployment beneficiary system is linked to the membership in the trade union.

We have a union participation ratio of about 80 per cent among employed people. That creates strong unions that can bear a large responsibility. Or in other words, when they try to maximize their member’s utility they have to maximize the whole society’s utility.

This creates a tradition of collaboration. We do have just as many different interests and opinions in Sweden as in any other society – but we realized early that Sweden is a bit too small for large conflicts.

Our fifth competitive advantage is the gender dimension’s impact on the economy.

Many countries face a huge demographic challenge. We know our population is ageing and that requires more people to work.

Sweden has a very high employment rate compared to other European countries. I believe our high female participation ratio on the labor market plays an important role.

This is not something that just has happened. It is a result of policies designed to help both men and women to combine parenthood with working life.

The probably most important decision was made in the 70s when we started to build public childcare centers. Today these centers are open to all children whose parents are working.

They have high quality. They are open hours that make full-time work possible for both parents. The maximum fee is 200 dollars per month for fulltime childcare.

In many other countries either quality, cost or opening hours restrict the working possibilities for parents.

A second important reform has been our parental leave-system.

Parents have the right to stay home with their child for thirteen months – and receive 80 per cent of their monthly salary, up to a ceiling equal to 4.500 US-dollars, in benefit from the government during this time.

No parent can use more than 11 of these 13 months witch means that the father has to stay at home at least two months. Hopefully this will result in a more equal division of responsibilities between the mother and the father as the child grows up.

Yes – the parental leave system is costly. Roughly around 1 per cent of GDP financed over the tax bill. But the system delivers: gender equality and therefore high employment ratio.

In my view, equality between women and men ought to be much more discussed in pure economic terms than only as a matter of justice between equal human beings. Here the economists have a new mission.

The last competitive advantage I’d like to mention is the green dimension.

Sweden has been, and is, at the forefront in the area of environmental protection. We started earlier than most other countries with policies aimed at switching to energy conserving and more environmentally friendly methods of production – and we are now seeing the results.

Despite high growth during the last decade, our emissions of greenhouse gases are actually lower today than in 1990.

We regard the green dimension as an important means to create a sustainable society, but we also regard it as a driving force for growth. The Swedish automobile companies, Volvo and Saab, are in the forefront to develop cars with low emissions – which is good for the environment, but also good for company profit as the market for green products and green technology is a growing rapidly.

In order to support new technology we did not only support research in new technologies, we also gave generous tax reductions for cars using environmentally friendly fuels. Not only lower tax on the fuel, but also free parking in the inner city of Stockholm and no road-tolls.

Without particularly high costs for the government we can now see the number of bi-fuel cars exploding. This year the numbers of “green cars” has increased with 204 per cent so far.

Needless to say, to solve fundamental global environmental problems, like climate change, we need international collaboration. It is an under statement to say the US has an important role to play in this context.

So, to conclude: The recipe for Swedish competitiveness consists of openness, education and research, strong public finances, high employment, gender equality, sustainable development, a tradition of collaboration, and social bridges that make our society pro-change.

Sweden has come a long way, but the day you think your country is perfect; for sure you shouldn’t be in politics.

Even though unemployment is low by international standards, unemployment is too high by Swedish standards. Many Swedes are uncertain whether Sweden will be able to compete in the years to come.

Parents are asking themselves whether their kids will be worse off than themselves. People are worried that low-cost countries and their workers will take their jobs.

Sweden needs to stay competitive. There is no other way to succeed in the international economy. But what is the recipe for competitiveness? Some argue that cutting taxes and reducing welfare, are the only way forward. I don’t agree.

Sweden has outperformed during the last decade despite – or perhaps thanks to – a large welfare sector financed by high taxes.

My firm belief is that globalization makes the case for keeping the Swedish model even stronger. Globalization is not a race to the bottom. It is a race to the top.

We need to constantly develop the Swedish model, in order to stay competitive. But we don’t need to change model – as it is the model itself that is the base for our competitiveness.

The Swedish experience shows that those who claim that you cannot combine high growth with a fair distribution of income are wrong. On the contrary: the Swedish experience shows that it is possible to combine growth and social justice. Even in the era of globalization.

Finally:

After this Swedish flourish, I can imagine that some of you may consider a relevant question:

If everything is so competitive in Sweden – high growth, strong public finances, low inflation, and high employment – why on earth lost the incumbent Social Democrat government the general election two month ago?  Maybe the answer was given to me 14 years ago –without understanding it at that time.

In 1992 I visited Little Rock, the Clinton/Gore campaign headquarter, and the legendary war room. James Carville’s famous writing was on the wall: The economy, stupid.

Today I know – the hard way – that the vice verse is also correct: It’s not only the economy, stupid.

Thank you for your attention.

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Analyse du non au référendum par J. Pisani-Ferry, économiste et membre du think tank gauche en Europe

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

Article – Referendum : paysage après les batailles

Paysage après les batailles Jean Pisani-Ferry (Bruegel et Université Paris-Dauphine)

In Le jour où la France a dit non, Plon / Fondation Jean-Jaurès, octobre 2005

D’un « non » français, les adversaires du projet de traité constitutionnel avaient dit attendre un choc salutaire ouvrant la voie à une redéfinition de la construction européenne. Les avocats du oui redoutaient, pour les uns, qu’il fraie la voie à une conception minimaliste de l’Union et, pour les autres, qu’il conduisent la France à se mettre en marge d’une Europe prête à continuer sans elle. Aucune de ces thèses ne s’est révélée complètement fausse, mais aucune exacte non plus.

Quelques mois après le double non, la crise apparaît tout d’abord plus violente qu’on ne l’avait généralement anticipé. Elle est ensuite plus profonde. Elle débouche enfin sur des débats bien différents de ce qu’avaient annoncé les partisans du « non de gauche ».

1. Une crise violente

La première victime des deux referendums est bien entendu la constitution elle-même, qui s’est instantanément transformée en un objet encombrant. Face à la contagion du non, tous les pays qui avaient prévu d’organiser un referendum, sauf le Luxembourg, y ont en pratique renoncé, et le Conseil européen s’est empressé de placer le projet de traité en hibernation pour une durée indéterminée. Exit, donc, la réforme institutionnelle , exit la charte des droits fondamentaux (bien entendu, les textes en vigueur, ceux de la troisième partie, continuent quant à eux de s’appliquer). Nul n’attend plus désormais que le processus de ratification reprenne son cours.

La surprise est venue de l’ampleur des effets collatéraux. Les meilleurs connaisseurs du système communautaire prévoyaient aux lendemains du 29 mai que, dans le souci de montrer que la machine continue de tourner, le Conseil européen aurait à cœur de trouver dès juin un accord sur les « perspectives financières » 2007-2013 . En dépit des efforts de Jean-Claude Juncker , il n’en a rien été. Au contraire, Tony Blair a pris argument de la crise politique pour s’opposer à un compromis qui aurait pour l’essentiel laissée inchangée la structure des dépenses. Sa position n’était évidemment pas exempte de considérations tactiques : menacé d’isolement sur la question du rabais britannique , il a choisi d’approfondir la crise. Mais en soulignant la contradiction entre les priorités affichées de l’Union – construire une économie de la connaissance – et celles de son budget – l’agriculture et la politique régionale, son propos a marqué un tournant dans le débat post-référendaire . Plus surprenante encore a été la mise en cause de l’euro. Si la politique de la BCE avait fait l’objet de nombreuses critiques, depuis ses débuts en 1999 l’euro lui-même n’avait jamais été mis en cause dans son principe. Après les referendums le tabou a été rompu. Lancé par des ministres membres de la coalition gouvernementale italienne , le débat a été repris par les économistes de marché , puis est devenu public. Ici encore, le choc référendaire a servi d’accélérateur : si les arguments avancés en faveur d’une sortie de l’euro sont essentiellement économiques, l’interrogation naissante sur l’avenir de la monnaie unique a trouvé son origine dans la crise politique ouverte par le rejet de la constitution.

Mise en cause dans ses finalités, l’Union européenne est en effet apparue pour ce qu’elle est : une construction inachevée, en devenir, dont chaque étape s’appuie autant sur l’anticipation de la suivante que sur la précédente, mais dont les acteurs ne partagent pourtant pas les mêmes rêves. Le triangle marché unique – monnaie unique – union politique illustre cette fragilité. Lorsque le projet de créer un grand marché intégré a été lancé dans les années quatre-vingt, ses promoteurs n’ont pas tardé à expliquer que des fluctuations monétaires de grande ampleur perturberaient son fonctionnement, et mettraient même en cause son existence. C’est ainsi que s’est développé le projet d’une monnaie unique, complément logique du marché unique. Mais celle-ci s’accompagnait à son tour de conditions exigeantes : au-delà de la seule discipline budgétaire, une union monétaire ne peut fonctionner que si les économies participantes évoluent suffisamment en phase, et plus profondément si les peuples participants tiennent la monnaie pour un bien commun qui apporte des bénéfices mais peut exiger des sacrifices. C’est pour cela que l’Allemagne d’Helmut Kohl avait insisté pour, en quelque sorte, fermer le triangle en mettant en place une union politique (au demeurant mal définie) qui est restée virtuelle. Le projet de constitution tentait de la faire progresser.

On comprend dès lors que l’échec de la constitution ait si rapidement conduit à un débat sur l’euro. Aucun des gouvernements, aujourd’hui, ne songe sérieusement à le quitter, mais la combinaison d’une mise en question du marché unique, dont le débat sur la directive Bolkestein a été l’illustration, et de l’arrêt de la marche vers l’union politique a un effet en retour sur l’union monétaire. L’ensemble du triangle est fragilisé par l’absence d’accord sur les finalités.

2. Une crise profonde

Si le choc a été si violent, c’est qu’il a révélé une fragilité masquée par l’insertion apparemment consensuelle de la dimension européenne dans les systèmes institutionnels et politiques des Etats membres. Mise en cause dans ses finalités, l’Union européenne vit aujourd’hui une triple crise qui touche à sa légitimité, à ses fondements et à ses perspectives.

Une crise de légitimité . Dans une démocratie, une institution acquiert légitimité par la qualité de ses procédures de décision ou par la qualité des résultats qu’elle produit. Technocratique à l’origine, l’Union a longtemps tenu sa légitimité de sa capacité à assurer la paix et la prospérité, avant de s’engager dans une démocratisation à petits pas que la Convention s’était attachée à couronner en définissant la nature de l’Union, en clarifiant son rôle et en rehaussant le poids du parlement. Le traité constitutionnel se voulait donc une réponse à ce que certains appelaient la crise de légitimité de l’Union .

Mais l’ironie de l’Histoire a voulu que les citoyens soient appelés à approuver ce qui était incontestablement une amélioration des institutions et des procédures de l’Union au moment même où celle-ci ne parvenait plus à assurer une prospérité qu’elle avait longtemps garantie. Lorsqu’ils sont interrogés par les sondages Eurobaromètre sur les priorités européennes, les citoyens européens placent régulièrement en tête l’emploi, la lutte contre la pauvreté et la paix. Or s’ils sont satisfaits sur le troisième point, ils jugent de plus en plus sévèrement les résultats de l’Union sur les deux premiers . Sans doute peut-on penser qu’il y a là une confusion des rôles entre les responsabilités européennes et celles de l’Etat national. Il n’empêche : à tort ou à raison, les citoyens français et néerlandais ont d’abord exprimé leur insatisfaction quant aux résultats de l’Union. C’est sans doute plus vrai en France, où l’insatisfaction économique et sociale vient au premier rang des raisons du rejet, qu’aux Pays-Bas, où la réaction souverainiste a été plus forte, mais même dans ce cas la motivation économique n’a pas été absente, à travers le thème du coût budgétaire de l’appartenance à l’Union (Graphique 1).

L’Union a ainsi, à la fois, perdu sa légitimité technocratique et échoué à se doter d’une légitimité démocratique.

Une crise des fondements . La deuxième dimension de la crise touche aux fondements de l’Union. Les débats français et néerlandais ont en effet assez peu porté sur les innovations du projet de constitutions, et bien davantage sur ce qu’il est convenu d’appeler l’acquis communautaire : le socle issu des traités antérieurs sur lequel nul n’est supposer s’interroger et que tout nouvel adhérent est tenu d’accepter. Pour comprendre l’importance de cette notion, il faut se rappeler que les pères fondateurs de l’Europe communautaire s’étaient bien gardés de définir ses finalités, mais l’avaient dotée de mécanismes extrêmement puissants destinées à garantir l’irréversibilité de l’intégration. Les transferts de souveraineté étaient progressifs, mais définitifs. C’est de ce mécanisme original qu’est issue l’Europe d’aujourd’hui.

Or si l’on en juge par les débats référendaires, le vote français doit être interprété comme une mise en question du marché unique et de ses règles de fonctionnement, tandis que le vote néerlandais doit être regardé comme une mise en cause de l’excès des compétences communautaires et de l’ampleur des transferts financiers en faveur des autres pays de l’Union. Dans les deux cas, les citoyens ont rejeté, en partie au moins, le socle sur lequel ils étaient techniquement appelés à se prononcer (puisque le projet qui leur était soumis incluait l’ensemble des traités), mais dont ils étaient supposés reconnaître qu’il était juridiquement intouchable. C’est pourquoi l’analogie avec le rejet de la Communauté européenne de défense est trompeuse : celle-ci n’était après tout qu’un projet. La question aujourd’hui posée est d’une autre ampleur : que faire, lorsque ce qui est juridiquement en place a été politiquement rejeté par deux Etats de l’Union ?

Une crise des perspectives . Enfin la troisième dimension de la crise a trait aux perspectives de l’Union. Par delà leurs évidentes différences, les réactions française et néerlandaise se rejoignent sans doute sur un point : l’inquiétude quant aux conséquences de l’élargissement récent et de ceux qui se dessinaient. En projet depuis quinze ans, l’entrée de dix nouveaux membres n’en a pas moins été un choc soudain qu’un discours généralement lénifiant n’a pas rendu plus rassurant. L’opinion a sans doute perçu ce que les dirigeants n’admettaient qu’à demi-mot, à savoir que la continuité institutionnelle de l’Union européenne masquait un changement de nature. Si l’entrée de dix nouveaux Etats ne s’est accompagnée d’aucune redéfinition substantielle, elle a en effet transformé un club de pays homogènes en un modèle réduit de la mondialisation. L’Europe d’aujourd’hui, et plus encore celle qui, demain, intégrera au moins la Bulgarie et la Roumanie, doit traiter en son sein la question du développement et celle de la concurrence entre pays de niveaux de revenus très inégaux. A la question de savoir comment elle va le faire, la seule réponse donnée jusqu’ici a été : en ne changeant rien. Elle n’est pas convaincante, et n’a pas convaincu.

3. Les débats européens de l’après-29 mai

L’avenir dépend maintenant beaucoup de l’analyse qui va être faite d’une situation singulièrement complexe. Les batailles d’interprétation se gagnent à chaud. Face à un événement qui surprend et bouleverse, la lecture qui s’impose tend ensuite à perdurer, à servir de grille d’analyse des faits, et à guider les comportements. Aux lendemains des referendums, la question posée était de savoir qui pouvait agréger les « non ». Quelquues mois après, il semble bien que les Européens s’écartent de la lecture élitiste qui attirait certains d’entre eux, mais qu’ils hésitent encore entre une lecture souverainiste et une lecture matérialiste.

La lecture élitiste, qui était tentante parce que rassurante, critique, au-delà de la procédure référendaire, le principe même de cette constitution où voulait s’incarner l’Europe politique, et argue de la complexité du système proposé au suffrage des citoyens pour plaider le retour à une Europe moins ambitieuse. L’idée est d’en revenir à l’esprit de la Communauté des premières décennies qui, n’en déplaise à la mémoire de Jean Monnet, unissait les élites bien plus que les peuples. Pour l’universitaire américain Andrew Moravcsik, par exemple, l’Europe marchera mieux une fois débarrassée de l’illusion constitutionnelle . Mieux vaut, dit-on, rassurer les citoyens en faisant montre d’unité, mettre en place pragmatiquement ce qui peut être repris du projet avorté et laisser le reste dans l’état d’hibernation où l’a placé le Conseil européen du 16 juin. C’est ce qu’a proposé Richard Baldwin, professeur à l’Université de Genève, dans un texte ironiquement intitulé « Plan B » .

Nombre de professionnels de l’Europe ont été tentés ou sont encore tentés par cette lecture. Elle a cependant perdu en crédibilité avec l’échec du Conseil européen sur la question budgétaire et le durcissement du débat qui a suivi. Plus profondément, elle souffre d’offrir trop peu, trop tard, à des opinions désorientées et à des dirigeants politiques nationaux en quête d’un nouveau discours sur l’Europe.

La lecture souverainiste, forte parce que simple, tire des scrutins la leçon que l’Europe est allée trop loin, et qu’il faut restituer le pouvoir aux Etats. Elle ne rend apparemment pas compte des motivations des Français, dont les trois-quarts estimaient après le 29 mai qu’une constitution restait indispensable . Mais elle fait figure de dénominateur commun aux mécontentements nationaux, et tous les sceptiques d’Europe et d’ailleurs peuvent s’engouffrer dans la brèche ouverte pour expliquer que l’Union européenne était une chimère. Nul doute que cette lecture va continuer à faire florès. Les contributions rassemblées dans ce volume montrent d’ailleurs que par delà les professions de foi, l’opinion française est elle-même tentée par le repli sur un espace national perçu comme protecteur. C’est un message que les dirigeants politiques ne peuvent qu’entendre. Le président de la République ne s’est-t-il pas lui-même, dans les jours qui ont suivi le referendum, fait l’avocat du « modèle français » ?

Enfin la lecture matérialiste souligne l’échec européen sur le front de la croissance et l’effet de déligitimation qui en est résulté. Elle voit dans une réponse à la stagnation économique la condition d’une relégitimation et le préalable, au moins, à une réouverture des débats institutionnels. Proposée au lendemain même des referendums par Martin Wolf, l’éditorialiste du Financial Times , elle conduit paradoxalement à répondre à la désaffection par l’accélération des réformes économiques, en vue de restaurer les conditions économiques de la légitimité politique. Le commissaire Peter Mandelson a élaboré sur ce thème dans un discours récent à la Fabian Society , et Tony Blair s’en est fait le héraut dans son discours au parlement européen. Aucune de ces lectures ne fait, sinon marginalement, écho aux thèmes du « non de gauche ». On n’y trouve pas trace d’alternatives au libéralisme et s’il y est parfois question d’Europe sociale, c’est dans une acception différente de celle que prônaient les tenants du non. Il est vrai que, minoritaires parmi les opposants français au traité, ces thèmes ne figurent pas parmi les motivations néerlandaises. Ils ont, dans l’ensemble, un impact fort limité en Europe. Sans doute est-ce aussi l’opinion des avocats français du non puisque, dans les semaines qui ont suivi le 29 mai, aucun d’entre eux n’a pris la peine d’écrire un seul article dans la presse internationale pour proposer une lecture des motivations du vote ou exposer les objectifs d’une éventuelle renégociation. L’issue des batailles qu’on dédaigne de livrer est rarement incertaine.

Il est trop tôt pour dire laquelle de ces lectures prévaudra. Il est clair, cependant, que l’échec constitutionnel a profondément durci les termes du débat sur l’avenir de l’Europe. Contrairement à leurs habitudes, les Européens sont confrontés à un choix tranché entre les réponses proposées par les tenants du repli sur l’espace national et celles des avocats de la transformation économique. Ils peuvent, et vont certainement se livrer à des manœuvres d’évitement. Mais il est douteux qu’ils y parviennent durablement. A défaut de sortir de la stagnation économique, l’Union ne pourrait en effet que perdre davantage encore en légitimité, et voir se distancier d’elle des dirigeants politiques soucieux de répondre aux attentes de l’opinion.

En France, cette configuration place la gauche du oui dans une situation singulièrement inconfortable. Attentive aux inquiétudes de l’électorat populaire, elle s’est régulièrement attachée à offrir de l’Union une image rassurante mais peu crédible (dont le thème récurrent de l’Europe sociale est l’illustration la plus claire). La netteté du clivage social exprimé par le referendum du 29 mai la conduit naturellement à vouloir plus encore se présenter comme une force protectrice face aux bouleversements entraînés par la mondialisation. Mais elle va devoir aussi prendre parti dans le débat sur les voies de la croissance en Europe, et pour cela définir son propre programme de redressement économique. Celui-ci ne pourra se limiter à une réforme de la gouvernance de la zone euro qui, pour nécessaire qu’elle soit, ne constitue qu’un aspect de la question. Restructuration des dépenses publiques, marché du travail, concurrence, réforme de l’enseignement supérieur, la liste est longue des sujets sur lesquels les contradictions entre priorités européennes et attentes nationales se sont aiguisées.

Rien n’oblige évidemment la gauche du oui à endosser des politiques définies par des dirigeants européens majoritairement à droite. Elle peut légitimement réaffirmer que certaines questions relèvent de la seule responsabilité nationale, et qu’elle n’est en ces domaines tenue par les choix d’aucun autre. En matière européenne, ou dans les domaines partagés, elle peut et doit définir ses propres priorités et offrir ses propres réponses.

Mais l’histoire européenne montre que nul n’est vacciné contre le souverainisme. S’il s’avérait que ses propositions se distinguent systématiquement des priorités et des réponses des autres Européens, voire s’opposent à celles-ci, si un clivage se creusait au sein de la social-démocratie européenne entre le camp de la réforme et celui de la préservation, il serait très difficile à la gauche française de ne pas dériver vers une certaine forme d’euroscepticisme. La gauche du oui aurait alors perdu deux fois.

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