L’opposant russe et ancien champion d’échecs, Garry Kasparov, au Parlement
| Relations extérieures – 24-05-2007 – 17:54 |
![]() Garry Kasparov et le président du Parlement, lors d’une conférence de presse |
L’ancien maître russe des échecs, Garry Kasparov, joue désormais sur le terrain politique. Leader d’une coalition opposée au pouvoir en place en Russie, il ne mâche pas ses mots : présent les 23 et 24 mai au Parlement, il a souligné lors d’une conférence de presse que la Russie méritait elle aussi « de faire partie du monde libre ». Invité à venir s’exprimer par le président du Parlement, il y a rencontré les chefs des groupes politiques et les membres de la commission des affaires étrangères.
Garry Kasparov a changé de terrain de jeu ; désormais, il avance ses pions en politique. Fondateur du Front Civique Unifié, un mouvement dont le but est de « préserver la démocratie électorale en Russie », il a été de nombreuses fois arrêté par les forces russes, lors de manifestations d’opposition avec sa coalition L’Autre Russie.
Sa dernière arrestation remonte au 18 mai dernier, alors qu’il tentait de se rendre près de la ville de Samara, là où se tenait le sommet UE-Russie. Il avait alors été expressément invité par le Président du Parlement européen à venir s’exprimer devant les députés.
Quand le Parlement défend les défenseurs de la démocratie
« Le Parlement n’agit pas contre quelqu’un et ne cherche pas à le faire. Notre démarche est positive : nous sommes en faveur de la démocratie, des droits de l’homme et de l’Etat de droit », a justifié le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering.
« L’invitation de Garry Kasparov au Parlement européen exprime notre engagement, en tant que députés librement élus, pour soutenir tous ceux qui luttent pour la démocratie et l’Etat de droit, en Russie et dans le monde. Ils méritent notre soutien le plus total et notre solidarité », a-t-il ajouté.
Pour Kasparov, les règles du jeu doivent rester les mêmes
S’adressant aux membres de la commission des affaires étrangères, Garry Kasparov a dressé un bilan sans concession de la Russie de Vladimir Poutine. L’actuel gouvernement russe affaiblit selon lui les institutions démocratiques et marque le retour des élites dirigeantes et de leurs habitudes autoritaires, héritées du passé. « Je joue aujourd’hui un jeu différent des échecs, où les opposants veulent changer les règles en place », a-t-il expliqué. Il faisait alors référence aux difficultés rencontrées par les opposants au pouvoir pour accéder aux médias et pour déposer une candidature pour les élections législatives à venir.
Ces élections, qui se tiendront en décembre 2007, mais aussi les présidentielles de mars 2008, rendent les actuels dirigeants russes « nerveux », selon Garry Kasparov, évoquant les luttes « byzantines » pour la succession de Vladimir Poutine. L’ancien champion du monde d’échecs a expliqué aux députés qu’il ne se battait pas pour gagner ces élections, mais bien pour s’assurer qu’elles aient lieu ! En d’autres termes, pour que les dés ne soient pas jetés d’avance…
Il avait affirmé auparavant à la presse que la défense des droits constitutionnels par des protestations non-violentes était essentielle : « Avoir 5000 personnes dans les rues à Moscou a plus de poids que 100 000 personnes à Paris. Parce que participer à une manifestation en Russie est risqué : la police est particulièrement cruelle à l’encontre des manifestants. Pour nous, c’est un pas indispensable vers la démocratie ».
L’Europe doit parler d’une seule voix à la Russie
Tout en saluant la nouvelle détermination de l’Union européenne à parler d’une seule voix face à la Russie, Garry Kasparov a appelé l’Europe à ne pas soutenir indirectement le président Poutine, en le traitant d’égal à égal : ce serait envoyer le mauvais signal au peuple russe.
« Le mois dernier a été très important pour l’opposition russe, parce qu’on a vu à la fois le Parlement européen et les dirigeants de l’UE adopter une attitude différente vis-à-vis de la Russie », s’est tout de même félicité l’ancien champion du monde.
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