Les Jeunes sociaux-democrates

le think tank des étudiants sociaux-démocrates

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Les paradoxes du développement durable

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007

de Sylvain Allemand | Editions Le Cavalier Bleu

Présentation de l’éditeur :

Le développement durable a 20 ans.

Le temps d’une génération, le temps d’un premier bilan.

L’expression, en elle-même, tient du paradoxe : comment, le développement, synonyme de mouvement, peut-il être durable ? Notion ambivalente, le développement durable, s’appuie sur l’environnement mais aussi, on l’oublie souvent, sur l’économie et le social, avec la volonté de concilier ce qui paraît inconciliable : croissance économique et progrès social, dans le respect des ressources naturelles.

Commerce équitable, réchauffement climatique, finance solidaire, OGM…, les chiffres controversés et les effets pervers ne manquent pas ! Pourtant, loin de discréditer le développement durable, ils sont autant d’aiguillons pour en dépasser les contradictions, le remettre sans cesse en question et innover. Décliné depuis quelques années en habitat durable, ville durable, tourisme durable, etc., le “développement” cède peu à peu la place au seul “durable”.

Et si, paradoxe ultime, le développement durable n’était qu’un concept transitoire permettant de faire passer la civilisation moderne du stade de développement à celui de durabilité ?

- L’Auteur :

Sylvain Allemand est journaliste. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont S’engager autrement (L’Aube, 2003), La Mondialisation (avec Jean-Claude Ruano-Borbalan, Le Cavalier Bleu, 2002, rééd. 2005), Les Nouveaux utopistes de l’économie (Autrement, 2005) et Le Développement durable (Autrement, 2006).

 

http://cdurable.info/spip.php?article371

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Pour Nicolas Baverez, le célèbre déclinologue français, “Le PS est aujourd’hui sorti du réel”

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007

  

Gauche : la rénovation introuvable

    La gauche sort laminée et sonnée de l’élection présidentielle de 2007. Au lendemain d’une nette défaite à l’issue d’une élection a priori imperdable se profile la perspective d’une nouvelle sanction lors des élections législatives de juin. Le Parti socialiste a d’ores et déjà intégré ce nouveau désastre, au point de renoncer à contester à Nicolas Sarkozy l’appui d’une confortable majorité présidentielle, au point de se retrouver sans thème de campagne, l’ouverture privant de sens la volonté de rééquilibrer les pouvoirs ou de contrebalancer un Etat-UMP qui relève aujourd’hui du mythe.

    En 2002, le PS avait occulté sa déroute présidentielle en l’imputant à un sinistre concours de circonstances et à une campagne faussée par les problèmes de sécurité. En 2007, force lui est de constater le caractère structurel de son recul. Plus rien ne fonctionne rue de Solferino, où s’accumulent les facteurs de crise.

    Crise sociologique, avec la coupure des couches populaires et la concentration sur les classes moyennes de la fonction publique (71 % des délégués au Congrès en 2005 étaient fonctionnaires), ce qui introduit à la fois un biais dans la représentation et qui coupe le parti de la production et de l’emploi marchands. Crise politique, avec la ruine de la stratégie d’union de la gauche qui découle de l’effondrement des alliés traditionnels du PS, le PCF plafonnant à 1,95 % des voix et les Verts à 1,57 % lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Crise de leadership, avec le déchaînement de la guerre des chefs, Ségolène, forte des quelque 17 millions de suffrage qui se sont portés sur elle, entendant poursuivre sa quête présidentielle, ce que lui dénient les éléphants, tous ne s’accordant que sur l’éviction de François Hollande du poste de premier secrétaire. Crise intellectuelle, avec l’empreinte persistante du marxisme et le report de l’aggiornamento d’une doctrine qui fait de l’archaïsme et de l’irréalisme en politique économique les critères de l’authenticité des convictions socialistes. Crise morale, avec la participation de plusieurs figures de proue de la gauche au gouvernement Fillon, tels Bernard Kouchner dans l’ordre politique, Jean-Pierre Jouyet parmi les grands serviteurs de l’Etat, Martin Hirsch dans le domaine associatif. L’inspirateur des French doctors, le Delors jeune et le fils spirituel de l’abbé Pierre n’ont rien renié de leurs convictions, mais travaillent aujourd’hui auprès de Nicolas Sarkozy.

    Le constat est cruel. Le PS est aujourd’hui sorti du réel. En témoignent tant le refus obstiné de Ségolène Royal d’évoquer sa défaite pour mieux faire référence à une victoire qui relève de la pure chimère que les affirmations de François Hollande prétendant contre toute raison que « le Parti socialiste est en ordre de marche ».

    Il est urgent de renforcer les contre-pouvoirs dans la constitution de la Ve République que le quinquennat a fait basculer dans un authentique régime présidentiel. Mais ces contre-pouvoirs resteront vains s’ils ne peuvent être mis en œuvre par une opposition légitime et se présentant comme une force d’alternance crédible. Et l’opposition sera forte ou faible en fonction de la qualité de son leadership et de sa stratégie.

    De ce point de vue, cinq années ne seront pas de trop pour refaire la gauche française. Car elle se trouve confrontée à la nécessité d’une refondation comparable à la transformation effectuée par la gauche britannique pour inventer le New Labor sous la conduite de Tony Blair. L’objectif consiste à redéfinir une politique de gauche dans et non pas en opposition à la mondialisation et à la société ouverte du XXIe siècle, en coopération et non pas en rupture de ban avec la gauche européenne. Ceci passe par des choix cardinaux clairement assumés : la reconnaissance du monde réel contre les vertiges de l’utopie, à commencer par le rôle central du marché dans les démocraties développées ; l’engagement réformiste contre la culture de la radicalité et la tradition révolutionnaire, avec son double ancrage dans 1789 et dans 1917 ; le divorce d’avec l’antilibéralisme et l’anticapitalisme.

    Trois obstacles se présentent devant cette refondation. D’abord, le carcan des conservatismes intellectuels et de la culture de la radicalité au sein de la gauche qui, toute à ses certitudes morales et historiques, a cessé de réfléchir à l’évolution du monde et de la France depuis plusieurs années, offrant une symétrie parfaite avec la congélation de la pensée politique à droite durant la période post-gaulliste. Ensuite, les pesanteurs sociologiques et électorales comme les structures des vieilles alliances qui compliquent tout rapprochement avec le centre. Enfin et surtout, la violence des affrontements pour le leadership.

    À peine le résultat du second tour connu, Ségolène Royal a publiquement confirmé sa volonté de poursuivre sa conquête de la présidence de la République. Elle reste trop déterminée et trop forte dans l’opinion pour être contrée par les éléphants. Mais il n’est pas certain, en dépit des avancées qu’elle a réalisées au cours de sa campagne, qu’elle soit à même de conduire la rénovation du Parti socialiste et de la gauche. En raison de sa filiation mitterrandiste d’abord, qui accorde un primat absolu à la manœuvre politique sur les principes. En raison de son tropisme pour la communication et de son peu d’intérêt pour les débats théoriques ou les idées. À l’inverse, ses concurrents sont très loin pour l’heure de disposer de son charisme et d’une stratégie alternative crédible. C’est bien dans le divorce potentiel entre la capacité de leadership et la capacité de renouvellement intellectuel que réside actuellement le plus grand péril pour la gauche française.

    Pour trancher ces dilemmes, deux expériences politiques européennes méritent d’être méditées. La première est celle du Labour sous Madame Thatcher, prisonnier d’une spirale déclinante où la dérive gauchiste et les échecs électoraux se confortaient mutuellement. La seconde est celle de la gauche italienne qui, écrasée par Silvio Berlusconi, a réussi à éviter l’enfermement dans la violence et la radicalité comme à compenser le manque de charisme de son leader, Romano Prodi, pour revenir au pouvoir avec un programme et une organisation rénovés. À l’image de la France dans son ensemble, la gauche doit désormais se convertir à la rupture et s’administrer une thérapie de choc.

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Turquie: Sarkozy retourne sa veste

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007

 

Lors du débat télévisé qui avait opposé Mr Sarkozy à Mme Royal, le candidat de l’UMP s’était montré très sévère à l’égard de la Turquie, considérant que ce pays ne doit pas entrer dans l’UE qu’il ne serait pas européen, et qu’une trop grande extension des frontières risquerait à terme de détruire le projet européen. Mme Royal n’avait pas pris position quant à l’entrée de la Turquie mais avait accusé Mr Sarkozy d’être irréaliste eu égard aux négociations déjà entamée entre la Turquie et l’Europe.

 

Une fois élu, Mr Sarkozy a, semble-t-il, changer de ton. En effet, souhaitant faire passer au plus vite son projet de mini traité européen, pour lequel il vient d’enregistrer le soutien de l’Espagne,  il a modéré ses propos concernant la Turquie afin de ne pas effaroucher ses homologues européens. Martelant que “La priorité des priorités est de trouver une solution à la crise institutionnelle”; l’Elysée laisse même entendre que dans l’immédiat, Paris ne ferait pas obstacle à l’ouverture le 26 juin prochain de trois nouveaux chapitres de négociation. Par ailleurs, Jean David Lavitte, le conseiller diplomatique de Sarkozy, s’est rendu en fin de semaine à Ankara pour s’entretenir avec le ministre turc des affaires étrangères. Ce déplacement faisait suite à l’entretien téléphonique du président français avec le Premier Ministre Erdogan. Oli Rehn, le commissaire européen à l’élargissement apparaît nettement rassuré, affirmant que “le nouveau président français fait preuve d’une attitude responsable”.

Toutefois l’Elysée rappelle que Mr Nicolas Sarkozy tiendra ses promesses de campagne, précisant que les problèmes doivent être résolus les uns après les autres (ce qui tranche avec sa politique intérieure). Par ailleurs, Nicolas Sarkozy s’est prononcé en faveur d’un projet d’Union méditerranéenne qui pourrait être selon lui le nouveau cadre de négociations avec la Turquie. Ségolène Royal en déplacement à Marseille a accusé vendredi Nicolas Sarkozy d’avoir “volontairement menti” sur la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Il est vrai que sa vision exprimée durant le débat s’est avérée bien plus pragmatique que son adversaire. Le prochain sommet européen sera donc crucial, d’une part pour le projet de mini traité, d’autre part pour l’attitude que le Président français adoptera vis à vis de la Turquie.

Arnaud

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Daniel Cohen, Economiste et professeur à l’ENS et à la Sorbonne, “La France n’a pas de modèle social”

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007


Les modèles sociaux trouvent leur origine dans les figures nationales de la liberté. En Angleterre, le plein emploi est la meilleure façon d’être libre car il permet de passer d’un maître à l’autre. En Allemagne ou dans les pays scandinaves, être libre signifie se faire entendre de la communauté. En France, être libre veut dire n’être le féal de personne. Avec la mondialisation, les Français doivent choisir, pour retrouver un sentiment de sécurité, entre le modèle britannique de marché ou celui de la communauté germanique, qui sont les deux modèles portés par la mondialisation.

On parle du “modèle social français” pour se faire plaisir. Car il n’existe pas. Il y a certes un modèle français mais qui n’est pas “social”. C’est un système avec ses composantes : un mode de recrutement des élites, des liens entre le capitalisme et l’Etat, une vision des territoires… Les Français ont beaucoup de mal à dissocier l’économie de la politique. Ils sont même révulsés par cette dissociation. Ce problème du rapport entre l’économie, le politique et le social est ancien. Il correspond en Europe à trois figures différentes de la liberté qui viennent du Moyen-Âge et qui ont été identifiées par l’historien Marc Bloch.

Trois figures européennes de la liberté, trois systèmes sociaux
La première définition de la liberté est anglaise : est libre celui qui n’appartient à personne. Et le marché du travail est la figure essentielle de la liberté parce qu’il permet de changer de maître. En Angleterre, le modèle social, c’est donc le plein emploi. C’est une différence fondamentale par rapport à la France. La deuxième figure de la liberté est germanique ou scandinave. Un Allemand se considère comme un homme libre lorsqu’il a voix au chapitre, lorsqu’il est entendu par le collectif. C’est la figure “social-démocrate” du monde. Et c’est au nom du principe de solidarité avec les autres qu’il existe des règles et des obligations à respecter. Les Américains ont, quant à eux, fait une synthèse du modèle anglais et germanique de la liberté. Aux Etats-Unis, on est anglais et allemand. On est toujours membre d’une communauté. La troisième figure de la liberté est française. Elle est très différente des deux autres. Le Français n’est le féal de personne, il n’est subordonné à personne, n’est dominé par personne. C’est la racine de notre égalitarisme républicain. Le sociologue Pierre Bourdieu, lorsqu’il oppose le dominé au dominant, est l’héritier de cette conception française.

Nous sommes rétifs au modèle social germanique comme à l’économie de marché britannique alors que ce sont les deux modèles portés par la mondialisation économique. Nous n’appartenons à aucune de ces deux traditions. Et nous vivons aujourd’hui la pire des situations car nos syndicats qui sont en concurrence entre eux sont incapables de faire un choix entre les deux modèles. D’où l’extrême sentiment d’insécurité des Français.

Autre facteur d’insécurité : la mondialisation a également transformé le paradigme productif. Dans la société industrielle des années soixante, chaque entreprise représentait la société en modèle réduit. C’était une machine à intégrer. Les salariés étaient intégrés chez Renault qui prenait en charge l’intégration de ses membres dans la société. Mais, dans le capitalisme postindustriel actuel, la mondialisation pousse les entreprises à se focaliser sur leur cœur de métier. Les étages de la maison qui servait à intégrer ont été débités en tranches. Les ingénieurs ont été isolés et les ouvriers séparés et disséminés chez les sous-traitants.

Lorsqu’une entreprise est cotée en bourse, la variabilité de ses effectifs augmente automatiquement. Pourquoi ? Parce que ses actionnaires lui demandent aussitôt de supprimer ses actifs non stratégiques. Il n’est pas question de faire des diversifications mais toujours de se recentrer sur son cœur de métier. Conséquence : alors que l’actionnaire est, lui, toujours libre de diversifier son risque par l’achat d’actions de différentes entreprises, le salarié est exposé à un risque beaucoup plus grand dans son entreprise.

Entre modèle britannique de marché ou modèle communautaire germanique, la France doit choisir
Cette évolution rend nécessaire de choisir entre le modèle social britannique de marché ou celui de la communauté germanique ou scandinave de manière beaucoup plus aiguë qu’il y a trente ans. Et comme nous n’avons la tradition ni de l’un ni de l’autre, nous sommes désemparés. Nous avons longtemps espéré que l’Europe créerait un “modèle social européen” par l’action du syndicalisme européen. Mais l’Europe sociale n’existe pas. Pire, l’Union européenne a polarisé les différents modèles existants. Il n’y a même jamais eu autant de juxtapositions de modèles sociaux en Europe, comme si chaque pays avait puisé dans sa psyché nationale une réponse à la mondialisation
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Dans ce contexte, les Français n’en peuvent plus de ne plus avoir de modèle. Les uns veulent aller à droite, les autres à gauche alors que notre tradition est médiane. Résultat de cette confusion : les classes sociales ne veulent plus se mélanger entre elles, notamment à l’école. Aujourd’hui, notre système d’enseignement supérieur est malade. Les classes supérieures savent que les universités ne peuvent pas être une seconde chance pour leurs enfants s’ils échouent à l’entrée dans les grandes écoles. Elles enverront leurs enfants aux Etats-Unis.

Mais la création d’un “nouveau modèle social” ne s’improvise pas. Il est intéressant de regarder à cet égard ce qui s’est passé récemment au Danemark, pays qui a inventé le modèle de la “flexi-sécurité”, fruit de la synthèse bizarroïde du modèle anglo-saxon et du modèle scandinave. Aujourd’hui, 1 Danois sur 3 change d’emploi une fois par an, avec une sécurité totale : 4 ans de garantie de revenus avec la contrainte d’accepter les emplois qu’on lui propose en cas de chômage.

Cela dit, il y a peu de chances que la “flexi-sécurité” soit applicable du jour au lendemain à la France. Le Danemark est un pays de petites entreprises, contrairement à la France. Et le taux de syndicalisation y est élevé ; 90 % des salariés sont en effet syndiqués. C’est un modèle communautaire. L’idée de la mobilité a été très fortement stimulée par le gouvernement. Les salariés ont été encouragés à prendre des années sabbatiques, des longues pauses pour se former et les entreprises ont été contraintes à les remplacer par des chômeurs.

C’est cet ensemble de facteurs – la puissance des PME, la syndicalisation et l’acceptation de la mobilité – qui a permis son succès. Mais cette audace institutionnelle est à suivre, tant dans son développement qu’au niveau de ses résultats.

Sans croissance, pas de plein emploi
Dernier facteur important : la croissance économique. Sans croissance, il est difficile d’agir sur l’emploi. Dans la deuxième moitié des années 90 lorsque la croissance était forte, la France a créé 2 millions d’emplois. Or, la Banque centrale européenne a une théorie : lorsque le chômage est élevé, l’inflation baisse ; lorsque le chômage baisse, l’inflation monte. Or, l’inflation est stable en France depuis quelques années, ce qui veut dire que le chômage relève, selon elle, de réformes structurelles. Je suis, pour ma part, convaincu que le taux de chômage français est supérieur au taux de chômage structurel. La Banque centrale européenne est assise sur une fausse théorie. Si l’on applique sa théorie à la lettre, la France n’aurait jamais créé autant d’emplois dans les années 90 sans accélération de l’inflation. Ce qui n’a pas été le cas. C’est une situation grave. Aux Etats-Unis, lorsque Mr Greenspan, le patron de la banque centrale américaine, a constaté que la reprise de la croissance américaine ne créait pas d’inflation, il n’a pas hésité à relâcher la politique monétaire. Il faut faire changer d’avis les gens qui gouvernent la Banque centrale européenne.

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La social-démocratie n’a pas été vaincue: André Grejbine, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po

Posté par jeunessociauxdemocrates le juin 07 30, 2007

Rebonds

La campagne de Ségolène Royal était trop confuse pour se réclamer réellement du modèle scandinave.

La social-démocratie n’a pas été vaincue

Par André GRJEBINE

QUOTIDIEN : jeudi 10 mai 2007

La social-démocratie est une méthode de gouvernement au service de valeurs sociales. Elle n’a pas été défaite parce qu’elle n’était pas représentée. Obnubilée par une utopie d’inspiration marxisante, la gauche a longtemps été incapable de cerner le réel. Dans un premier temps de sa campagne, Ségolène Royal a donné le sentiment qu’elle entendait sortir enfin la gauche de l’impasse dans laquelle elle se trouvait engluée. Mais un projet cohérent et clairement exprimé pouvait difficilement séduire simultanément les différents courants de son parti, et a fortiori les électorats de l’extrême gauche et de M. Bayrou.

Elle a donc pris le chemin opposé à celui que suivent les sociaux-démocrates scandinaves, faute de comprendre ou d’entériner que les systèmes instaurés dans ces pays ne sont pas fondés sur les bons sentiments, mais qu’ils sont extrêmement exigeants aussi bien pour les salariés que pour les entreprises et l’Etat. Leur réussite repose sur une réforme continue. Les partis de gauche et les syndicats acceptent clairement l’économie de marché, quitte à l’adapter en permanence pour la rendre à la fois plus efficace et plus juste. Les gouvernants comme les partenaires sociaux scandinaves ont conscience que tout système social sécrète immanquablement des abus et des perversions qui risquent de le détruire, s’ils ne sont pas systématiquement contrecarrés. De manière générale, ces réformes sont discutées et élaborées par les partenaires sociaux, avant même d’être soumises, le cas échéant, au vote des députés. Les sociaux-démocrates comme les partis dits «bourgeois» n’hésitent pas à procéder à des réformes profondes, réduisant drastiquement, par exemple en Suède, le nombre de fonctionnaires et menant une politique visant à diminuer la dette publique. En septembre dernier, la coalition qui est parvenue au pouvoir a annoncé et commencé à mettre en oeuvre des réformes importantes, notamment une réduction des allocations chômage, et celle de leur financement public, afin d’ «augmenter la motivation à trouver du travail», alors même que la règle de fortes réductions des indemnités en cas de refus répétés d’un nouvel emploi est depuis longtemps en vigueur. Les syndicats sont clairement hostiles à ces mesures. Néanmoins, si des manifestations importantes ont été organisées, le principal d’entre eux, LO, s’est refusé d’utiliser la grève comme moyen de protestation, son vice-président déclarant qu’ «il faut respecter un gouvernement démocratiquement élu». 

On voit à quel point Mme Royal est loin du modèle scandinave et notamment de la flexisécurité dont elle se réclame, en particulier quand elle stigmatise la règle proposée par Nicolas Sarkozy de sanctionner les chômeurs qui refuseraient plus de deux emplois consécutifs. Des mesures inspirées par la flexisécurité ont déjà été adoptées en France à plusieurs reprises, par exemple avec le Pare mis en oeuvre en 2001, qui prévoyait une obligation de recherche d’emploi pour le chômeur. Chaque fois, ces mesures ont avorté faute de faire aller de pair, en pratique, les avantages concédés (augmentation des indemnités de chômage en particulier) et les règles qui devaient en constituer la contrepartie. Ce ne sont pas les vagues projets d’accompagnement des chômeurs annoncés par Mme Royal qui peuvent compenser l’absence de règles précises. De même, Ségolène Royal a tourné le dos à la logique sociale-démocrate en refusant de se prononcer sur une suppression progressive des régimes spéciaux de retraites ou en s’en tenant à des propos confus sur la dette publique.

Un projet électoral exigeant ne peut être appliqué que s’il a été clairement formulé et si les électeurs ont pu se prononcer en toute connaissance de cause pour ou contre lui. La confusion de sa stratégie présidentielle ne prédispose guère Mme Royal à guider le PS vers la social-démocratie.

Auteur de Norvège : avantages et aléas de la cohésion sociale, Etudes du Ceri, nov. 2006.

http://www.liberation.fr/rebonds/252796.FR.php

© Libération

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Le fonctionnement institutionnel de JSD

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

Présentation institutionnelle de JSD Voici la présentation du fonctionnement interne de JSD, celui ci pourra bien entendu connaître des modifications selon vos suggestions.

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Selon Marc Lazar, historien et politologue, professeur à Sciences po Paris, «Le PS est le seul en Europe à avoir choisi la politique de l’autruche»

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

 

Rencontre

Marc Lazar, historien et politologue, compare le Parti socialiste français avec les partis de gauche des pays voisins qui, eux, ont remis en cause les dogmes du vieux socialisme et se sont alliés avec leurs ennemis d’autrefois.

Par Annette LEVY-WILLARD, Béatrice VALLAEYS

QUOTIDIEN : samedi 19 mai 2007

La gauche française se retrouve-t-elle désormais dans une situation comparable à celle d’autres pays européens après une sévère défaite ? Ce qui s’est passé en 2001 en Italie quand Berlusconi a battu une deuxième fois le centre gauche fournit un sujet de réflexion. Compte tenu de l’ampleur de sa victoire (un peu comme celle de Sarkozy aujourd’hui), l’opposition avait choisi d’adopter un profil responsable en refusant de diaboliser Berlusconi. Les manifestations dans la rue se sont alors multipliées ­ la fameuse contestation du cinéaste Nanni Moretti, les rassemblements autour des palais de justice et des sièges de la RAI (télévision et radio nationale italiennes, ndlr) considérés comme menacés par le gouvernement de droite. Ces mobilisations critiquaient la timidité de l’opposition parlementaire qui, toutefois, a fini par récupérer ces mouvements de radicalité en leur donnant une perspective politique.

En France, le PS sera peut-être confronté à un problème comparable. Le choix d’une opposition résolue mais responsable peut-il ouvrir un espace sur sa gauche qui se manifesterait par l’agitation sociale, des manifestations contre la future réforme sur l’autonomie des universités ou le service minimum dans les transports ? Aucune prophétie n’est possible, mais ce qui est certain, c’est que la gauche de la gauche semble politiquement en difficulté.

Le PCF arrive au terme d’un long processus. Il a été le premier parti de France après la guerre, puis le premier parti de gauche (1 électeur sur 4 votait communiste sous la IVe République) ; en 1981 quand Mitterrand a été élu, le PC obtenait encore 15 % des voix. Avec moins de 2 % cette année, le PC est devenu presque un groupuscule. Il conservera néanmoins un certain nombre de députés, il dispose encore de militants (vieillissants), de quelques bastions municipaux et d’un peu d’argent. Mais les communistes ne peuvent plus constituer un pivot de l’alliance pour le PS. Par ailleurs, on avait assisté depuis une décennie à une progression électorale des trotskystes : portés par la conjoncture des luttes sociales, de l’altermondialisme et des mobilisations de la jeunesse. Le succès du «non» au référendum de 2005 leur avait donné beaucoup d’espoir. Incapable de se mettre d’accord sur un candidat unique qui aurait pu considérablement gêner Ségolène Royal, la gauche de la gauche sort très affaiblie de cette présidentielle en dépit du relativement bon score d’Olivier Besancenot. Paradoxalement, cette lourde défaite de la gauche offre une fenêtre d’opportunité pour le PS.

En Italie, les communistes et anciens communistes se retrouvent au pouvoir dans une coalition avec des chrétiens et des centristes… 

En 1991, le PCI a cessé d’être communiste. Il est devenu le Parti démocratique de la gauche (PDS), puis les Démocrates de gauche. Il est allé vers la social-démocratie, sans en prendre le nom. La minorité qui a préféré rester communiste s’est scindée en deux : le Parti de la refondation communiste et le Parti des communistes italiens. Ces deux partis représentent ensemble plus ou moins 8 % des voix. Après avoir longtemps hésité, ils ont accepté de participer à la coalition pour l’emporter en étant unis face à Berlusconi au scrutin de 2006. Prodi a gagné de la sorte. Le revers de la médaille est que cette coalition très hétérogène est divisée sur l’économie, le social, les questions de société (comme la reconnaissance ou non des droits des couples homosexuels) et la politique internationale. Ces tensions n’aident pas à gouverner. En France, l’extrême gauche ne veut pas entendre parler de coalition (comme d’ailleurs les trotskystes en Italie). La LCR et LO excluent toute possibilité d’alliance, évidemment avec Bayrou et ses amis, et même pas avec le PS. Le PC essaie de se couvrir à gauche, car il est tétanisé par la LCR qui par deux fois l’a dépassé lors d’une présidentielle. Cela dit, le PC sait que pour préserver quelques députés et ses dernières municipalités, il doit faire alliance avec le PS. Un PS qui ne lui fera vraisemblablement pas de cadeaux cette fois-ci…

Le Parti socialiste français risque-t-il de disparaître ? 

Je ne crois pas. C’est le seul parti à gauche qui peut donner des présidents de la République, des Premiers ministres et qui peut constituer une majorité parlementaire. Il a augmenté notablement le nombre de ses adhérents au cours de cette année et il offre la possibilité de faire des carrières politiques. Avec en plus un mode de scrutin qui pousse à un système bipartisan. Dorénavant, il n’y a que deux grands partis en France : l’UMP et le PS. Jusque dans les années 80, nous avions deux grands partis dominants flanqués de deux partis mineurs mais influents, l’UDF à droite et le PC à gauche. Si la raison l’emporte ­ mais les passions jouent aussi un rôle en politique ­ le PS devrait limiter les risques d’éclatement.

Reste à savoir pour quoi faire. Que veut dire socialisme aujourd’hui ? Que signifie le réformisme dont, non sans hésitation, il se réclame et comment le rendre attractif ? Quelle prise peut-il avoir sur la société ? Le PS va-t-il se borner à expliquer que la victoire de Nicolas Sarkozy s’explique parce qu’il est l’homme des grands médias, des patrons et du fric ? Ou la gauche va-t-elle se demander si cela ne traduit pas des bouleversements substantiels de la société et de la politique ? Sur toutes ces questions, il y a un très gros déficit de travail au PS. Car si Ségolène Royal a réussi à conquérir les voix des jeunes de 18-24 ans et à reprendre pied dans les catégories populaires qui avaient déserté Jospin en 2002, il reste encore beaucoup d’ouvriers et d’employés qui votent pour Le Pen et qui ont donné leurs voix à Sarkozy au second tour. Le PS est, comme toute la gauche, un parti du secteur public.

C’est une exception française ? 

Non. Partout en Europe, les électeurs de gauche sont plutôt des gens de haut niveau d’instruction, vivant dans des grandes villes, ouverts culturellement, et appartenant le plus souvent au secteur public. Tous les partis de gauche ont reculé dans le monde ouvrier. La classe ouvrière s’est elle-même métamorphosée, les ouvriers travaillent souvent dans des petites entreprises et n’exercent plus les mêmes activités que dans un passé récent. En plus, les catégories populaires partout en Europe se sentant en insécurité dans leur vie quotidienne ont la tentation d’aller vers des partis de droite ou des partis populistes comme ceux de l’extrême droite dont le discours sécuritaire les rassure.

En France, la gauche a beaucoup de mal à admettre ce que le reste de la gauche en Europe a parfaitement compris : la logique de choix individuel est maintenant un trait dominant de nos sociétés qu’il ne faut pas occulter, mais au contraire comprendre pour y apporter des réponses de gauche. En France, la réflexion du Parti socialiste sur les mutations de nos sociétés est à peu près au niveau zéro.

Pourquoi ce «niveau zéro de la réflexion» ? 

Il faut mettre sans doute cela en relation avec la base sociale de la gauche. Regardez la composition des partis : les membres du secteur public au sens large représentent 62,3 % des délégués du 33e congrès du PCF en 2006, 64 % des délégués du congrès de la LCR en 2003 et 71 % des délégués du PS du congrès de Grenoble en 2000.

La défense du service public est devenue l’un des thèmes fondamentaux de la gauche française. Elle adopte une position défensive quand ses adversaires sont offensifs, accaparent le thème du changement et l’accusent du coup d’être conservatrice. En outre, une compétition à l’intérieur de la gauche s’est engagée avec la LCR et le PC qui ont fait de la défense des services publics leur grand cheval de bataille. Le PS devrait peut-être répondre à la volonté de Sarkozy de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite en n’argumentant pas simplement sur leur nombre, mais encore sur leur travail, leur répartition, leur formation, l’évolution de leurs compétences ou de leurs carrières, les critères d’avancement, etc. Ce sont des grandes questions qui déterminent pour une part l’évolution de nos sociétés contemporaines. Rocard avait jugé qu’il revenait à la gauche de réaliser cette modernisation, Jospin eut le courage d’en parler, depuis le PS ne dit plus rien et Ségolène Royal a improvisé dans l’urgence quelques réponses…

Les socialistes européens sont-ils plus avancés ? 

C’est le Labour et notamment Tony Blair qui, parmi les premiers, a cherché à se confronter aux transformations de la société britannique après des années d’échec électoral. Son raisonnement était le suivant : si nous avons échoué, c’est que le monde a changé, le Labour doit donc changer. Le débat a également été déclenché dans le SPD en Allemagne, dans la social-démocratie suédoise, au sein des Démocrates de gauche en Italie, dans le Parti socialiste ouvrier espagnol, au Parti socialiste européen, dans l’Internationale socialiste… Le seul à avoir choisi la politique de l’autruche, c’est le PS français. Qui a diabolisé tout de suite Tony Blair en le qualifiant de «social-libéral» comme certains disaient de Rocard qu’il incarnait «la gauche américaine» .

De son côté, Blair, par exemple, a mis beaucoup d’argent dans les services publics, mais ce geste a été assorti d’une série d’exigences sur l’évaluation des politiques publiques et des projets. En Italie, la gauche, en négociant avec les syndicats, a entamé une grande réforme de l’administration publique avec une volonté de simplification, de transparence envers les usagers ou des augmentations au mérite. Ces gauches-là ont pris des coups, elles ont perdu une partie de leur électorat, mais elles ont réussi à s’ouvrir à d’autres catégories sociales. Elles défendent la nécessité du service public ­ c’est ce qui les distingue de la droite ­ notamment dans certains domaines, comme l’énergie ou les transports, mais s’efforcent de les moderniser.

Il y a donc une singularité idéologico-culturelle française ? 

C’est le poids de la culture du conflit, de l’affrontement et de la radicalité, qui vient de loin : la scène primitive se joue avec la Révolution française et se véhicule sur plus de deux siècles. Certes, de nos jours, les Français ne veulent pas la révolution, mais ils sont attachés à l’idée que ce qui compte, c’est le choc et la rupture. L’idée étant que la gauche doit être dure face à ses «ennemis» . D’où la diabolisation de Sarkozy qui ne demandait que ça. La France fonctionne encore souvent sur la trilogie des «anti» : l’anticapitalisme baptisé maintenant l’antinéolibéralisme, l’antiimpérialisme qui aujourd’hui s’appelle l’antimondialisation et l’antifascisme. Ce triptyque est profondément ancré dans l’histoire de la gauche. Pour preuve, ces sondages réalisés chez les électeurs de gauche à propos de l’ouverture vers le centre qui montrent leur opposition à cette perspective, hormis, et c’est important de le souligner car cela indique une grande évolution, chez les sympathisants socialistes. En France, le centre est historiquement associé à la droite et un accord avec lui est assimilé à une «compromission» inacceptable. Cela singularise la gauche française.

Aujourd’hui donc, il n’y a pas de place pour un centre ou une grande coalition ? 

A cause de ce système bipartisan, le parti du centre est quasi mort-né, ce qui n’empêchera pas Bayrou d’espérer se représenter en 2012. Le PS tire le constat qu’il n’y a plus d’union de la gauche possible faute de combattants (le PC et les Verts sont anéantis). Il a alors deux possibilités, me semble-t-il. Il peut à l’avenir intégrer en son sein ou dans un autre parti refondé une composante modérée comme le font nombre d’autres partis sociaux-démocrates européens. Ou il peut s’orienter vers une alliance avec le Mouvement démocratique. Pour le moment, c’est quasi impossible puisque Bayrou veut, lui, créer un pôle centriste indépendant. Dans les deux cas de figures, cela supposera que le PS s’engage parallèlement dans une profonde analyse des attentes politiques des citoyens et des changements de la société en abordant des sujets essentiels, comme par exemple celui des salariés du privé ou des jeunes qui ne bénéficient pas des avantages du «socialisme pour une seule génération» ­ selon la formule d’un sociologue italien ­ qui a été mis en place. Il devra aussi engager un véritable travail de pédagogie envers ses troupes. Il s’agira alors de changer son ADN, sa culture, son identité. Cela représente un travail de très longue haleine qui pourrait aboutir à une synthèse des réformismes à l’instar de ce qui s’opère en ce moment en Italie avec la création du Parti démocratique regroupant les démocrates de gauche et les centristes de la Marguerite.

Professeur des universités, historien et politiste, Marc Lazar est directeur de l’Ecole doctorale de Sciences-Po. Spécialiste des gauches communistes et socialistes en Europe et de la politique italienne, il dirige au Ceri (CNRS-Sciences-Po), le groupe d’études et de recherches pluridisciplinaires sur l’Italie contemporaine. Il a notamment publié, avec Stéphane Courtois, Histoire du Parti communiste français, PUF, 2000 ; le Communisme, une passion française, Perrin, «Tempus», 2005, et l’Italie à la dérive. Le moment Berlusconi, Perrin, 2006. Il prépare actuellement un livre sur La Gauche française et les services publics à paraître chez Perrin et un livre collectif sur l’Italie depuis 1945 chez Fayard.

http://www.liberation.fr/transversales/weekend/254732.FR.php

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Thomas Ferenczi, journaliste du monde, souligne le manque de rénovation de la social-démocratie française et de la gauche française en général

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

Chronique

Les incertitudes de la social-démocratie, par Thomas Ferenczi

LE MONDE | 10.05.07 | 14h06  •  Mis à jour le 10.05.07 | 14h06

i la gauche se porte mal en France, elle n’est pas non plus très vaillante dans le reste de l’Europe. Il y a un an, elle semblait portée par des vents favorables. Ceux-ci ont aujourd’hui tourné. La défaite de Ségolène Royal, le 6 mai, n’illustre pas seulement l’échec des socialistes français, elle correspond aussi à un recul de la social-démocratie dans de nombreux Etats de l’Union européenne. Le succès d’Angela Merkel en Allemagne, en septembre 2005, a annoncé cette évolution, même si la nouvelle chancelière ne l’a emporté que de justesse et si les deux principaux partis ont choisi de travailler ensemble au sein d’une grande coalition.

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En Grande-Bretagne, les conservateurs, sous l’impulsion de David Cameron, redressent la tête. Certes le Parti travailliste est encore au pouvoir, mais sa popularité est en chute libre. A Berlin comme à Londres, l’Etat-providence est l’une des cibles de la droite. Mme Merkel a fait campagne pour que son rôle soit sensiblement réduit. M. Cameron appelle à une réforme qui “encourage la responsabilité” et remette les gens au travail. Les concessions de Gerhard Schröder et de Tony Blair au néolibéralisme n’ont pas suffi à désarmer les critiques.

La “droitisation” de l’Europe s’est exprimée de la manière la plus symbolique en Suède quand la social-démocratie, en septembre 2006, a été battue par les “nouveaux conservateurs” de Fredrik Reinfeldt, au nom du renouvellement du vieux modèle scandinave, longtemps considéré comme un exemple en Europe. Comme Nicolas Sarkozy en France, le chef de la droite suédoise a plaidé pour la revalorisation du travail, dénoncé l’assistanat, promis plus d’emplois. Une fois élu, il s’en est pris aux jeunes chômeurs qui refusent les offres proposées par les agences spécialisées.

Deux autres pays nordiques sont également gouvernés par la droite. En Finlande, les centristes au pouvoir ont rompu leur alliance avec les sociaux-démocrates, après les élections de mars 2007, pour s’unir aux conservateurs. Au Danemark, le libéral Anders Fogh Rasmussen a éliminé en novembre 2001 son homonyme socialiste, Poul Nyrup Rasmussen, en durcissant le ton à l’égard des étrangers, comme l’a fait Nicolas Sarkozy, pour attirer les électeurs de l’extrême droite. Il a été reconduit en février 2005 alors que les sociaux-démocrates ont encore perdu des voix.

La social-démocratie a subi un important revers aux Pays-Bas en novembre 2006 avant d’accepter d’entrer dans le gouvernement de coalition dirigé par le chrétien démocrate Jan Peter Balkenende. Elle a été écartée du pouvoir en République tchèque après sa défaite de juin 2006. En Pologne, elle est hors jeu. Il y a certes des exceptions en Europe : la gauche gouverne en Espagne, en Italie, au Portugal, en Hongrie mais aussi, depuis janvier, en Autriche, au prix d’une coalition avec les démocrates chrétiens. Chaque Etat a ses particularismes, liés à son histoire nationale, à sa culture politique, à ses choix idéologiques. Mais la crise touche presque tous les partis socialistes.

Dans la plupart des pays européens, la demande d’ordre et d’autorité provoquée par les bouleversements du monde favorise la droite. Le modèle social-démocrate n’y répond en effet qu’imparfaitement. Ses bases sont désormais fragilisées. Traditionnellement il reposait sur deux piliers : un compromis entre le capital et le travail, un accord entre la classe ouvrière et les classes moyennes. Or la mondialisation a mis le premier en péril tandis que la montée des inégalités a rendu le second plus aléatoire. C’est cette difficulté que doivent résoudre les sociaux-démocrates s’ils veulent reconquérir le soutien de l’opinion. Une partie d’entre eux a déjà beaucoup avancé dans leur travail de rénovation, d’autres, comme les Français, n’en sont qu’au tout début.
 

Thomas Ferenczi

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Pour Patrick Mignard, professeur en IUT à Toulouse, la social démocratie est aujourd’hui morte

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

la fin de la social démocratie

 Patrick Mignard: chemise bleu

Il n’est pas question ici de spéculer sur les magouilles internes au Parti Socialiste et assimilés, mais d’essayer de comprendre ce qui a fait la social démocratie et ce qui la défait.

Il ne faut surtout pas le dire aux « socialistes » et assimilés, mais soyons réaliste : la social démocratie est morte. Il faut dire qu’elle était bien malade… Elle est morte de « mort naturelle »… je veux dire par là qu’elle a correspondu à une « nécessité » historique et qu’aujourd’hui elle ne sert plus à rien, ni aux salarié-e-s, ni au Capital.

La spécificité social démocrate est entrain de se fondre – sans artifice idéologique, ce qu’elle avait toujours préservé – de manière implicitement et explicitement dans la gestion pure et simple du système marchand.

Ce constat est vital afin de débarrasser le champ d’action de débris politiques et idéologiques qui plombent la conscience, faussent l’action politique et offrent de vains et faux espoirs.

GENESE DE LA SOCIAL DEMOCRATIE

La social démocratie est née dans la foulée de l’instauration du système marchand, en Europe au 19e siècle. Face à la catastrophe sociale la riposte s’est organisée. Elle a pris plusieurs voies allant de la critique et action radicales, jusqu’à la collaboration avec le patronat. C’est dans cette dernière mouvance que s’installe très rapidement la social démocratie.

Elle fonde son analyse, souvent à géométrie variable en fonction des circonstances et des particularités locales, sur deux points essentiels qu’elle conserve jusqu’à aujourd’hui :

  l’économie de marché est indépassable,
  la marche vers un monde meilleur est affaire de revendications et de conquête du pouvoir par des progressistes.

Même si, historiquement il était faux, le choix a été d’une certaine manière conjoncturellement judicieux… il correspondait à une « marge de manœuvre réformiste » que permettaient les conditions d’existence d’alors du capital. En effet la social démocratie a, dans les pays développés, supplanté les autres courants anti-système, en particulier les courants anarchistes et communistes. Elle a su conjointement gagner la confiance du capital et celle des salariés, elle a su mettre en place des politiques de compromis qui ont à la fois aidé le système marchand à contourner (pas à dépasser) ses contradictions et à satisfaire des revendications sociales avancées par les salariés.

DU « TEMPS DES VACHES GRASSES »…

Cet âge d’or de la social démocratie n’a rien de miraculeux…. Elle a su jouer sur le fait que, durant une période, le système marchand pouvait s’acheter la « paix sociale » dont il avait besoin en cédant aux revendications des salariés…

La domination économique de l’Europe et des USA, le fait qu’ils détenaient quasiment seuls, la technologie, les capitaux, les marchés, les compétences, la force de travail adaptée,… donnait un monopole qui permettait bien des choses.

C’est ainsi que contrairement aux nombreuses prédictions alarmistes sur la « paupérisation des masses salariés », on a vu, dans ces pays, le niveau de vie des salariés augmenter, proportionnellement à la confiance qu’ils mettaient dans ces prédictions qui permettaient à la fois d’augmenter les avantages et de ne prendre aucun risque politique.

Le système marchand n’a jamais été véritablement remis en péril dans les pays développés.

Se faisant, la social démocratie a véritablement créé une véritable « culture politique », une culture de la soumission consentie à l’égard d’un système qui pouvait accorder des miettes substantielles.

… A CELUI DES « VACHES MAIGRES »

Le « mitterrandisme » a été, en France, le chant du cygne de cette saga politique. Homme d’appareil, homme d’Etat accompli, fin politique il a su, à des fins personnelles, à contre courant même de l’évolution du système marchand, faire croire que le charme continuait. Réduisant à néant un PCF toujours décalé par rapport à la réalité politique et sociale, il a porté la politique social démocrate au bout de sa logique dans un système marchand qui reprend peu à peu tous ses droits… et les acquis qu’il avait consentis.

Ses héritiers se retrouvent aujourd’hui sur le sable…

La social démocratie ne fait plus rêver et ne peut plus faire rêver. Pourquoi ?

Parce que le projet économique et politique de celle-ci ne correspond plus aux données économiques qui lui permettaient de le réaliser. … le capital est désormais mondialisé et échappe à l’autorité des états nation, donc aux conditions qui permettaient à la social démocratie d’avoir une crédibilité.

La mort de la social démocratie, c’est en fait la fin des illusions réformistes, c’est-à-dire de la croyance en la possibilité d’humaniser le système marchand.

La véritable débandade à laquelle nous assistons, de ces « hommes de gauche » qui passent avec armes et bagage chez l’ « adversaire » n’est que la concrétisation de cette extinction d’une voie politique qui a fait son temps.

Ceci ne veut bien sûr, et hélas, pas dire que l’on assiste à une prise de conscience généralisée en vue d’un changement radical du système d’organisation sociale… L’Histoire, et en particulier celle du 20e siècle, est pleine de ces exemples où, quand le peuple a un choix à faire, il fait le pire, adroitement manipulé par aujourd’hui les médias, mais ce n’est pas nouveau… au Moyen Age c’était l’Eglise.

Le pire est toujours présenté comme le meilleur (« ensemble tout est possible »), qui permet de conserver des acquis, la stabilité, face à l’ « aventure » et au « chaos »… C’est peut-être absurde mais ça a marché, et ça marche encore !… Et pas besoin forcément de violence pour forcer la main au plus grand nombre (des exemples ? et même récents ?).

Aujourd’hui, c’est d’une certaine manière, ce mécanisme qui a parfaitement fonctionné. Pas d’alternative crédible, division et cacophonie parmi celles et ceux qui « veulent changer », du discours,… que du discours, grandes phrases creuses : (« Un monde nouveau est en marche »)…

On prend donc les mêmes, repeints, et on recommence. C’est ce qui s’appelle : assurer…. C’est-à-dire en l’absence d’alternative, assurer la stabilité.

SAUVER LA DEPOUILLE ?

La faillite de la social démocratie laisse cependant des scories dont il est difficile de se passer. Héritière d’un appareil politique, d’un discours, de références, d’habitudes, elle continue à instiller le doute, l’espoir,… le tout soutenu par un appareil politique, qui est le repaire d’une redoutable bureaucratie. Ainsi, la survie de l’organisation est essentielle, non pour des raisons politiques, nous venons de le voir, mais surtout pour des raisons bureaucratiques, de la survie de l’appareil, du statut social de ses membres qui partagent avec leurs « adversaires politiques » les privilèges du pouvoir… certains de ses membres n’hésitent d’ailleurs pas d’aller « manger dans la soupe d’en face ».

Cette bureaucratie fait tout, à l’image de ses « adversaires », souvent sortis toutes et tous du même sérail, pour maintenir le système politique qui assure la garantie, la gestion et la pérennité du système marchand. La victoire ou la défaite des uns et/ou des autres n’a rien à voir avec un victoire et défaite populaire,… il s’agit chaque fois de la victoire et de la défaite d’un clan. .. La preuve ?

Quelle différence essentielle dans les programmes ? Essentiellement aucune.

Qu’a fondamentalement changé la social démocratie dans le système marchand, et que reste-t-il du peu qu’elle a fait ? Quasiment rien.

Cette même social démocratie nous appelle aujourd’hui à la rescousse. Elle veut sauver ses élus, ses sièges, pas pour ses intérêt (évidemment),… mais, dit-elle avec le plus grand des sérieux,… pour notre bien à nous ( ???) Qui peut encore tomber dans le panneau de cette comédie ?

Le champ fétide de la politique politicienne, seul lieu où elle se sente à l’aise, empeste notre avenir, et obscurcit notre conscience. Il est temps de la laisser à ses jeux stériles.

Patrick MIGNARD

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L’ancien Ministre des finances suédois, Pär Nuder, analyse la réussite économique de son pays et la défaite du parti social démocrate suédois

Posté par jeunessociauxdemocrates le mai 07 30, 2007

Global Social Democracy

High Growth, Strong Public Finances, Low Inflation, High Employment: Lessons to be learned from Sweden

Source: Address at the Harvard Center for European Studies
Date: 16 November 2006 
Author(s): Pär Nuder
 

In an address to the Harvard Center for European Studies on the 16th November 2006, former Finance Minister Pär Nuder outlined some of the reasons for the social and economic success of ‘the Swedish model’.

Ladies and gentlemen,

It is a great privilege to address you here at the Harvard Center for European Studies. I will try to share some experiences from Sweden in a European context. 

In the late 19th century Sweden was one of Europe’s poorest countries. In a rapid speed though, Sweden was transformed into a modern industrialized country.

A silent trilateral contract between the state, the business society and the trade unions made it possible to create The Swedish Model.

Capitalism and high taxes. Profitable industries and strong trade unions. Flourishing private sector and a high quality public sector.

Yes – Sweden is a bit different compared to average Europe. In various ways.

In 1994 a referendum took place. The outcome was narrow, but still clear: A majority wanted to join the European Union. Nine years later a new referendum decided – in a much clearer outcome – that Sweden should not join the European Monetary Union.

Here is the first example of the variety within Europe:

There are large differences between the European nations. We are 25 heterogeneous members of the European Union. Although we all share certain common values, there are so many differences among national welfare state systems that the very notions of a European Model or Social Europe are rather dubious.

The Belgian economist André Sapir grouped the old EU – the EU 15 countries – into four different social policy models in order to examine their relative performance along a number of dimensions.

• The two Anglo-Saxon countries (Ireland and the United Kingdom) feature relatively large social assistance of the last resort. This model is characterised by a mixture of weak unions, comparatively high disparities in wages and a relatively high incidence of low pay.

• The Continental countries (Austria, Belgium, France, Germany and Luxembourg) rely extensively on insurance based benefits and old-age pensions. Although union membership is in decline, the unions remain strong.

• The Mediterranean countries (Greece, Italy, Portugal and Spain) concentrate their social spending on old-age pensions. The social welfare systems typically draw on employment protection and early retirement provisions, and in the formal sector, the wage structure is covered by collective bargaining and is highly compressed.

• And finally the four Nordic EU countries (Finland, Sweden, Denmark plus the Netherlands) feature the highest levels of social protection expenditures and universal welfare provision. There is extensive fiscal intervention in labour markets, and strong labour unions ensure highly compressed wage structures.

When Sapir analyzed the four different groups he came to the following conclusion:

“The Mediterranean model, characterised by relatively low levels of employment and a high risk of poverty, provides neither equity nor efficiency. With the Anglo-Saxon and Continental models there appears to be a trade-off between equity and efficiency. Only the Nordic model, with high employment rates, and a low risk of poverty combines both equity and efficiency.”

In many peoples minds Sweden has been perceived as a model to follow – or to reject. But in 1994 – only twelve years ago – Sweden and the model was undoubtedly in turmoil and therefore questioned as such.

In the early 1990s, Sweden experienced its deepest recession since the thirties. To cut a long story short, in three years public debt doubled, unemployment tripled and public deficit increased tenfold. In 1994, the general government budget deficit was the largest in the OECD area, 10 per cent of GDP.

The reason for this was a collapse in domestic demand due to a real interest rate shock. One important factor was an increase in the household savings ratio by no less than 13 percentage points.

When the new Social Democratic Government took office in October 1994 we had to react, and act firmly. Only by substantially reducing the deficit, could Sweden achieve stability and sustainable growth.

We raised taxes and cut expenditures. We introduced a reinforce program of active measures of 7.5 per cent of GDP.  After four hard years we managed to get public finances in surplus in 1998.

Being a small country in the far north, with a Social Democratic government and a tax burden of over 50 per cent, you never get the benefit of the doubt from the financial markets. You have to stick to your goals.

Parallel with the budget consolidation program, we introduced several structural reforms.

• We got access to the internal European market through joining the EU.

• We reformed our pension system from an unsustainable pay-as-you-go system to a partially funded system with defined contributions with both private and public parts.

• We created a new budget process. We set up a system of nominal expenditure ceilings and a goal of public finances in surplus. Now we probably have one of the strictest budget processes in the world.

• We gave independence to our central bank and set up an inflation targeting regime.

What are then the results?

• High growth. Over the past decade we have had a higher average growth rate than both the EU average and the OECD average. Between 1995 and 2004 average GDP per capita growth in Sweden was 2.6 per cent. In the US it was 2.2 per cent.

• High employment. Over the past twelve years we have had an employment increase of more than 400 000 people, or roughly 9 per cent of the labor force. The employment rate is the second highest in the European Union, approaching 80 per cent of the workforce. Unemployment has been falling and is now 4 per cent.

• Low inflation. Productivity in the private sector has gone from 2 per cent per year during the eighties to 3 per cent per year in the nineties. Disposable income this year increased by 3 per cent. But the high productivity means that unit labor cost has been flat between 2002 and 2006. Inflation is below 1.5 per cent.

• Strong public finances. This year we expect a surplus in public finances of about 3 per cent of GDP. The average surplus between the year 2000 and 2006 will then be 2 per cent of GDP.

What are the explanations for this track record? Are there any competitive advantages that other countries could take stock off? My personal answer is the following:

First: It has been a significant competitive advantage for Sweden to have strong public finances.

It is not only a question of reducing vulnerability for a small open economy, it is also the basis for a well-functioning economy, with low inflation and high increases in real wages.

The day after I became Finance Minister I learnt that a long line with people demanding tax cuts was standing outside my office. On the third day I discovered a new line: People demanding higher expenditures. On the fourth day, to my consternation, I realized that same lobbyist frequently was standing in both lines at the same time: Car-owners demanding lower fuel-taxes and safer roads. Senior citizens dissatisfied with the pension demanding higher pension – and lower taxes.

For a Social Democrat – that wants a large public sector with generous social safety nets – strong public finances are a prerequisite for the political mission as such.

Strong public finances and sustainable surpluses are also a prerequisite for low inflation – a prerequisite for fair distribution. It was a blue-color-economist, Gösta Rehn, that taught us, as he said, to Hate Inflation.

In my view, a real Social Democrat is someone who cares about strong public finances. 

The second competitive advantage is the fact that Sweden is an open economy.

As you may know, we have many international companies in Sweden, like ABB, Ericsson, Ikea, SAAB, Scania and Volvo. Our export as a share of GDP is 50.7 per cent, and our import as a share of GDP is 42.5 per cent.

As a small and open country, Sweden has for long been a strong supporter of free trade. However, we must never take free trade for granted. Right now, protectionism is growing in Europe. Many people fear higher international competition.

Protectionism is not the solution. On the contrary, free trade has been the driving force for the high growth in the world economy during the last two decades. Free trade is a necessary condition for high growth in the future. It is of great importance that we stand up for free trade.

But, it is not sufficient to be “free-traders”. We also need to be “fair-traders”. There are very large gaps between the rich and the poor in the world of today – there is a need to fight for global social justice.

This year, Sweden is taking our part of the responsibility by increasing our official development assistance to 1 percent of gross national income.

Having international competition is good, but you need to do your home work and open up your own domestic markets as well. The rich world spends about one billion US-dollars per day on agricultural subsidies alone, while the total spending on development aid is less then 200 million US-dollars per day.

I know that your former President Larry Summers once was asked what he thought was the main reason for United States outperforming Europe. And he was only allowed to give one reason. The answer he gave was not taxes, not the labor market, not your universities – but your well functioning capital markets.

Inflows of global capital not only bring additional funds but also enrich economy and society through the transfer of new technology and management know-how. By ensuring efficient allocation of capital within the economy, well-functioning capital markets boost economic productivity and long-term growth.

Financial globalization has a definitive and obvious efficiency implication. Capital is attracted towards the opportunities of highest returns in the global economy.

So, here I am standing in the center of brain power in America and advocating a future for the “socialistic” state of Sweden with a very competitive product market and an open financial market.

Faced by the challenge of globalization, the countries that succeed are those that are open and flexible. Rapid technological changes and changes in international competition will inevitably require a constant flow of structural changes.

But what will happen with the woman or the man on the street in such an environment? They will fear change. They will fear globalization. They will fear China and India.

How to cope with fear for changes lead me to the third competitive advantage: Reliable social bridges.

There is no question that companies will close down and people will get unemployed as a result of international competition. The question is how the gains of globalization are distributed in the society.

Social bridges is a term used to describe measures aimed at reducing adjustment costs for employees when economic restructuring causes redundancies, and enabling them to seize new opportunities.

In Sweden, social bridges constitute a policy of protecting workers, not jobs. There are three main types of social bridges in the Swedish context.

First, there is life-long learning. A good education increases people’s opportunities of finding work in different companies in a range of industries. This places a major responsibility on regular education – from pre-school to university. They must have high quality and be available to everyone. But this is only part of the answer.

The other part is to have an educational system that give people several chances, several opportunities. If you never finished high school in your teens, you should be able to do it in your twenties, or in your thirties. And even later on. Economic opportunities for this must be provided.

Let me take an example.

During the economic crises in the 90’s the Swedish government launched a program for unemployed without a degree from secondary school. 100 000 unemployed (in a 9 million country) were given the opportunity to finish their degree with a grant similar to their unemployment benefit.

Higher level education must also be inclusive rather than exclusive. Contrary to many other European countries everyone with a degree from secondary school can enter university. The choice you made when you were twelve years old will not exclude you from higher education. Or rather, the choice your mother and father made for you.

We have also expanded the number of universities and colleges across the country. This has opened up higher education for new groups of students. Our goal is that 50 percent of each generation should start higher education.

My belief is that the future for Sweden is to continue to invest in education and research. Sweden has a well-educated population. We are spending a lot of money in all kinds of education – from childcare and primary schools, to higher education and research. The total investments in research and development in Sweden amount to almost 4 per cent of GDP.

The second kind of social bridge is adjustment insurance. In the event of unemployment, illness and other forms of social exclusion people may need financial support. Unemployment insurance, sickness insurance and other benefits must be designed for people to find new jobs, while still providing security.

Almost all social benefits in Sweden are linked to your income. This means that if you are not working, or prove you are willing to work, you are out of the system. Thanks to our childcare system this policy is the same for single mothers. Or as some put it; we have a workfare rather than a welfare system.

Or put it in another way, adjustment insurance should be a bridge to walk on. Not a platform to stand on. Constantly you therefore need to reform the insurance systems.

The third dimension of the social bridges concept is re-introduction to working life. Many people who are inactive lose contact with working life and do not maintain the skills needed for working life. To make these people attractive on the regular labor market, it may be necessary to support their re-entry to the labor market by active labor market policies.

Unemployed should be given help to find a new job or given the possibility to retrain. We have a large number of programs ranging from on-the-job training to strict school education. An important aspect is to avoid that a culture of unemployment arises. In order to do this, all persons unemployed more than a year must take part in a program that has activities on a daily basis.

As I said: The idea is to protect people. Not jobs.

People need to feel that they, as individuals, are reasonably safe even if increased competition makes the company go bankrupt. By providing social bridges for people to move from old and no longer competitive jobs to new, more competitive ones we get, in return, a readiness for change and openness among the general public.

I would lie if I told you that this system means that Swedes loves change. They don’t. But, they accept it.

Some years ago I visited a small town in mid-Sweden – a community totally depended on one industry: The steel-factory.

When I came there I met the local board of the steel workers union. They just had been informed that 100 men had to be fired, and now they prepared themselves for the negotiations with the management.

In Sweden we have a first-in-last-out principle. But with the exception that the unions and the management can jointly decide who will be excepted from this principle.

I asked the union representative, rather naive: How do you cope with this? I mean as human beings in a small town?

What you have to do, are to pin-point those of your work-mates, your neighbors, your sons and daughters’ best friends’ fathers – and tell them that they have to quit. How do you manage that?

After a while they understood my question, and they answered:

“You see, the alternative is worse. Unless we don’t do this necessary adjustment, the plant might not be competitive anymore. And if so, it may have to close down for good. And in that case our town will die.”

I went back to Stockholm, and asked myself: How come the steelworkers are so pro-change?

They haven’t studied macro economics at Harvard University – not even at Stockholm School of Economics. The answer is simple: By providing social bridges you create a flexible, dynamic society ready to adjust – even if it is painful.

This line of argument brings me to the fourth competitive advantage: Our culture of collaboration.

A short time ago one of our large firms, Electrolux, decided to close down a plant that makes vacuum cleaners. The plant had about 400 workers and was located in a small city called Västervik with 22.000 inhabitants.

In France this would have created an outrage. The President of the Republic would have called for an all European globalization fund. There would have been political strikes. The plant would have been under siege by militant unions.

In Sweden the blue collar trade union came out and said it had to accept the decision. Not with joy or satisfaction. But still – also this structural change was accepted.

When Madame Segolénè Royal came to visit me in Sweden – the socialist who might be the next president of France – she asked me how come we have trade unions that are so prone to accept change?

There are two reasons for that.

I have already mentioned the social bridges – ensuring that people are not forced to sell their house because they get a fair unemployment benefit. They get training and education so that they become employable on a growing labor market.

The second reason why the trade unions are so progressive is the high union participation ratio – not at least due to the fact that the unemployment beneficiary system is linked to the membership in the trade union.

We have a union participation ratio of about 80 per cent among employed people. That creates strong unions that can bear a large responsibility. Or in other words, when they try to maximize their member’s utility they have to maximize the whole society’s utility.

This creates a tradition of collaboration. We do have just as many different interests and opinions in Sweden as in any other society – but we realized early that Sweden is a bit too small for large conflicts.

Our fifth competitive advantage is the gender dimension’s impact on the economy.

Many countries face a huge demographic challenge. We know our population is ageing and that requires more people to work.

Sweden has a very high employment rate compared to other European countries. I believe our high female participation ratio on the labor market plays an important role.

This is not something that just has happened. It is a result of policies designed to help both men and women to combine parenthood with working life.

The probably most important decision was made in the 70s when we started to build public childcare centers. Today these centers are open to all children whose parents are working.

They have high quality. They are open hours that make full-time work possible for both parents. The maximum fee is 200 dollars per month for fulltime childcare.

In many other countries either quality, cost or opening hours restrict the working possibilities for parents.

A second important reform has been our parental leave-system.

Parents have the right to stay home with their child for thirteen months – and receive 80 per cent of their monthly salary, up to a ceiling equal to 4.500 US-dollars, in benefit from the government during this time.

No parent can use more than 11 of these 13 months witch means that the father has to stay at home at least two months. Hopefully this will result in a more equal division of responsibilities between the mother and the father as the child grows up.

Yes – the parental leave system is costly. Roughly around 1 per cent of GDP financed over the tax bill. But the system delivers: gender equality and therefore high employment ratio.

In my view, equality between women and men ought to be much more discussed in pure economic terms than only as a matter of justice between equal human beings. Here the economists have a new mission.

The last competitive advantage I’d like to mention is the green dimension.

Sweden has been, and is, at the forefront in the area of environmental protection. We started earlier than most other countries with policies aimed at switching to energy conserving and more environmentally friendly methods of production – and we are now seeing the results.

Despite high growth during the last decade, our emissions of greenhouse gases are actually lower today than in 1990.

We regard the green dimension as an important means to create a sustainable society, but we also regard it as a driving force for growth. The Swedish automobile companies, Volvo and Saab, are in the forefront to develop cars with low emissions – which is good for the environment, but also good for company profit as the market for green products and green technology is a growing rapidly.

In order to support new technology we did not only support research in new technologies, we also gave generous tax reductions for cars using environmentally friendly fuels. Not only lower tax on the fuel, but also free parking in the inner city of Stockholm and no road-tolls.

Without particularly high costs for the government we can now see the number of bi-fuel cars exploding. This year the numbers of “green cars” has increased with 204 per cent so far.

Needless to say, to solve fundamental global environmental problems, like climate change, we need international collaboration. It is an under statement to say the US has an important role to play in this context.

So, to conclude: The recipe for Swedish competitiveness consists of openness, education and research, strong public finances, high employment, gender equality, sustainable development, a tradition of collaboration, and social bridges that make our society pro-change.

Sweden has come a long way, but the day you think your country is perfect; for sure you shouldn’t be in politics.

Even though unemployment is low by international standards, unemployment is too high by Swedish standards. Many Swedes are uncertain whether Sweden will be able to compete in the years to come.

Parents are asking themselves whether their kids will be worse off than themselves. People are worried that low-cost countries and their workers will take their jobs.

Sweden needs to stay competitive. There is no other way to succeed in the international economy. But what is the recipe for competitiveness? Some argue that cutting taxes and reducing welfare, are the only way forward. I don’t agree.

Sweden has outperformed during the last decade despite – or perhaps thanks to – a large welfare sector financed by high taxes.

My firm belief is that globalization makes the case for keeping the Swedish model even stronger. Globalization is not a race to the bottom. It is a race to the top.

We need to constantly develop the Swedish model, in order to stay competitive. But we don’t need to change model – as it is the model itself that is the base for our competitiveness.

The Swedish experience shows that those who claim that you cannot combine high growth with a fair distribution of income are wrong. On the contrary: the Swedish experience shows that it is possible to combine growth and social justice. Even in the era of globalization.

Finally:

After this Swedish flourish, I can imagine that some of you may consider a relevant question:

If everything is so competitive in Sweden – high growth, strong public finances, low inflation, and high employment – why on earth lost the incumbent Social Democrat government the general election two month ago?  Maybe the answer was given to me 14 years ago –without understanding it at that time.

In 1992 I visited Little Rock, the Clinton/Gore campaign headquarter, and the legendary war room. James Carville’s famous writing was on the wall: The economy, stupid.

Today I know – the hard way – that the vice verse is also correct: It’s not only the economy, stupid.

Thank you for your attention.

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